Première partie : Pas de langue bretonne sans État breton : « Les causes structurelles du déclin de la langue bretonne »
L’étude « La Langue bretonne et la Révolution » publiée par Emsav Stadel Breizh analyse les causes du déclin de la langue bretonne et les conditions nécessaires à sa sauvegarde. Elle démontre que ce déclin résulte principalement de la disparition de l’État breton et des institutions politiques et sociales qui lui étaient propres. Ces institutions – parlement, États de Bretagne, administration et justice propres à la Bretagne – permettaient à la langue bretonne de fonctionner comme moyen de communication et d’organisation dans tous les domaines de la vie sociale, depuis les affaires publiques jusqu’aux relations entre les différentes classes de la société.
Les initiatives de nature littéraire, linguistique et institutionnelle
Les défenseurs de la langue bretonne ont entrepris de multiples initiatives visant à enrayer son déclin et à lui permettre de retrouver une place vivante dans la société. Ces efforts peuvent être regroupés en plusieurs catégories principales. Jean-François Le Gonidec a entrepris d’organiser la langue en rationalisant sa grammaire et en enrichissant son vocabulaire, avec pour objectif de la rendre plus accessible et plus apte à servir dans des domaines variés. Roparz Hemon, à travers la revue Gwalarn, a poursuivi cette entreprise en développant une littérature bretonne moderne qui s’inspirait de modèles variés, cherchant à enrichir et à renouveler l’expression littéraire dans cette langue.
D’autres initiatives ont visé à unifier la langue en surmontant les divisions dialectales et à constituer des instruments de référence tels que des dictionnaires et des grammaires normalisées. Ces travaux ont permis de poser les bases d’un breton moderne et d’une littérature qui dépasse le cadre des traditions orales et religieuses.
Parallèlement aux efforts littéraires, de nombreuses actions ont été menées pour obtenir la reconnaissance officielle de la langue bretonne et son introduction dans les institutions publiques. Des pétitions ont demandé que le breton soit enseigné dans les écoles et qu’il soit admis comme langue d’usage dans les services administratifs. Des associations et des mouvements ont cherché à obtenir un statut officiel pour la langue bretonne, considérant que sa reconnaissance institutionnelle serait un moyen efficace de garantir sa survie.
Les limites de ces entreprises
Cependant, ces efforts, qu’ils soient de nature littéraire ou institutionnelle, se heurtent à des limites fondamentales lorsque leurs résultats sont évalués dans le cadre des conditions sociales existantes. Les travaux grammaticaux et littéraires, bien qu’ils aient permis de créer un breton moderne et de constituer une littérature, n’ont pas réussi à faire de cette langue un moyen de communication effectif dans l’ensemble des domaines de la vie sociale.
De même, les revendications visant à introduire l’enseignement du breton dans les écoles ou à obtenir sa reconnaissance dans les institutions publiques n’ont obtenu que des résultats limités et fragmentaires. L’introduction partielle du breton dans certains établissements scolaires ou son admission occasionnelle dans les affaires administratives n’a pas permis d’inverser le processus de recul linguistique. La raison principale de cette inefficacité réside dans le fait que l’ensemble de ces initiatives demeure strictement contenu dans le cadre institutionnel de l’État français. Les défenseurs de la langue bretonne demandent à cet État, qui est précisément à l’origine de la suppression des structures qui permettaient à la langue de fonctionner, de prendre des mesures destinées à assurer sa préservation. Cette démarche présente une contradiction fondamentale : il s’agit de solliciter de la cause même du déclin de la langue les moyens de remédier à ses effets.
Les mesures obtenues dans ce cadre – enseignement limité, reconnaissance partielle – ne peuvent modifier les conditions structurelles qui ont entraîné la disparition progressive de la langue bretonne comme moyen d’organisation sociale. Introduire le breton dans des institutions qui fonctionnent selon des principes et dans un cadre qui excluent par nature l’existence de structures propres à la communauté nationale bretonne ne permet pas de reconstituer les conditions dans lesquelles cette langue peut exercer toutes les fonctions qui lui sont nécessaires.
En conséquence, les efforts de défense de la langue bretonne, bien qu’ils aient permis de maintenir une certaine activité linguistique et de créer les instruments d’un breton moderne, restent incapables de modifier le processus de déclin qui résulte de l’absence d’institutions étatiques propres à la communauté nationale bretonne. Tant que ces efforts demeurent limités au cadre institutionnel français existant, ils ne peuvent avoir qu’un effet tactique, partiel et temporaire, sans permettre à la langue bretonne de retrouver la fonction de moyen de communication et d’organisation qui lui avait été historiquement conférée par l’existence d’un État breton.
Prochaine partie : Les conditions nécessaires à la sauvegarde de la langue bretonne
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