EMSAV – Per Loquet, de son nom de naissance Pierre Loquet, est une figure emblématique du nationalisme breton contemporain. Né le 9 janvier 1930 à Guérande, dans le Pays nantais (Loire-Atlantique), il incarne un patriotisme breton fervent, forgé par une vie d’engagements multiples. À 96 ans en 2026, il reste un symbole de la lutte pour l’identité et l’unité bretonne, se décrivant lui-même comme « d’abord breton et européen, puis français par la force des choses ».
Une jeunesse marquée par la découverte de sa nationalité
Fils d’un paysagiste guérandais et d’une sage-femme, Per Loquet grandit dans un environnement où l’histoire de la Bretagne est omniprésente. Dès l’enfance, sa mère lui lit des récits sur Guérande et le duché de Bretagne, éveillant en lui un profond attachement à ses racines.
En 1945, à l’âge de 15 ans, il part à Angers pour suivre des études d’horticulture et devient paysagiste-pépiniériste. C’est là qu’il prend pleinement conscience de son identité bretonne, ou « bretonnitude », comme il l’appelle. Il adhère temporairement à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et, en 1946, rejoint un cercle celtique à Angers. Il milite au sein d’Avel an Trec’h et recrute des militants pour Le Peuple breton, un mouvement et une revue fondés par Joseph Martray, marquant le début de son activisme nationaliste.
De retour à Guérande, il fonde en 1949 le cercle celtique Bro Gwenrann avec Jean Le Bihen et Georges Auclair. À l’époque, danser ensemble garçons et filles est encore mal vu dans les milieux conservateurs, mais Per Loquet persévère, affirmant ainsi sa volonté de préserver et de moderniser les traditions bretonnes.
Il se marie et devient père de quatre enfants aux prénoms bretons : Koulmenn, Yann-Vari, Meriadec et Perig, un choix qui reflète son engagement personnel pour la culture bretonne.
L’activisme politique et la défense de la Bretagne
Dès 1957, Per Loquet rejoint le Mouvement pour l’organisation de la Bretagne (MOB), où coexistent fédéralistes, nationalistes et régionalistes. Il dirige temporairement le journal L’Avenir de la Bretagne et milite localement pour la défense des marais de Guérande, un site emblématique menacé par l’urbanisation, ainsi que pour le retour de la Loire-Atlantique dans la région Bretagne.
Au début des années 1960, il reprend l’entreprise familiale de paysagiste, mais son patriotisme breton le pousse à regretter de n’avoir appris que peu la langue bretonne, faute de temps, absorbé par la politique.
Les années 1970 marquent un tournant plus radical. Per Loquet rejoint le Front de libération de la Bretagne (FLB) et son bras armé, l’Armée révolutionnaire bretonne (ARB), pendant les « Années de poudre ». Il forme des jeunes au maniement des explosifs, avec pour consigne stricte de ne pas tuer et de désamorcer si nécessaire.
Le 27 juillet 1975, il est arrêté avec Dominique Crochard et Gérard Coriton lors d’une tentative avortée d’attentat contre la Direction départementale de l’agriculture de Nantes. Condamné par la Cour de sûreté de l’État à trois ans de prison (dont onze mois ferme), il purge sa peine à La Santé et Fresnes, après six mois d’isolement. Pour obtenir sa libération, il entame une grève de la faim de 43 jours, démontrant une détermination inébranlable pour sa cause bretonne.
Du militantisme armé à l’engagement culturel
Après sa libération, Per Loquet abandonne la violence et se tourne vers des formes d’activisme plus pacifiques. En 1977, il s’installe dans le Pays de Léon, près de Brest, où il travaille au Crédit mutuel de Bretagne comme majordome du restaurant de réception. Il contribue à l’émission de chèques en breton, un geste symbolique pour promouvoir la langue.
De retour à Guérande, il défend le cadre de vie de la presqu’île et préside de 1978 (ou 1981 selon les sources) à 2006 l’association Skoazell Vreizh, qui soutient les militants bretons.
Membre de l’Institut culturel de Bretagne (sections protection de la nature et environnement, relations interceltiques), il est trésorier de l’association historique Dalc’homp Sonj. En 1998, il reçoit le Collier de l’Hermine, une distinction prestigieuse pour son engagement breton, à Vitré.
En 2003 (ou 2004), il fonde le Festival du livre en Bretagne à Guérande, valorisant les écrivains et éditeurs de la Bretagne historique, inspiré du modèle de Carhaix.
À 86 ans en 2016, il en est toujours président honoraire, affirmant son nationalisme breton. En 2016, il crée l’association VigiBretagne-EvezhBreizh pour promouvoir la réunification administrative de la Bretagne.
Il n’hésite pas à poursuivre en justice ceux qui dénigrent le mouvement breton : en 2001, il gagne un procès en diffamation contre le journaliste Denis Jeambar de L’Express pour un article intitulé « Bretagne, le coup de balai ».
Un héritage vivant du patriotisme breton
Per Loquet incarne un patriotisme breton multiforme : de la résistance armée à la promotion culturelle, en passant par la défense environnementale et linguistique. Son parcours illustre la résilience d’une identité bretonne face aux défis de l’intégration française. Toujours actif dans les cercles nationalistes, il inspire les générations futures à revendiquer une Bretagne unie et souveraine. Comme il le dit, son engagement n’est pas seulement politique, mais viscéralement culturel : « Le sentiment breton, le patriotisme et la langue n’ont rien de commun », mais ils se renforcent mutuellement dans sa vie.
Olier Kerdrel
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