Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier 2025, Donald Trump a relancé avec une brutalité assumée sa volonté d’annexer ou d’acheter le Groenland. Menaces de sanctions douanières massives contre le Danemark et l’Union européenne, invocation répétée de la « sécurité nationale » américaine face à la Russie et à la Chine dans l’Arctique, sous-entendus militaires à peine voilés : pour Trump, le Groenland n’est plus une lubie farfelue de 2019, mais un objectif stratégique revendiqué.
L’île, immense, riche en terres rares, en minerais critiques et en position géographique dominante sur les futures routes maritimes polaires, est réduite à un « grand deal immobilier ». Les Groenlandais et Copenhague répondent depuis des mois la même chose : l’île n’est pas à vendre. Point. Pour un nationaliste breton, cette affaire n’est pas un simple épisode de géopolitique transatlantique. Elle touche au cœur de notre combat séculaire.
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes reste le principe absolu
Le nationalisme breton s’est construit, depuis les années 1920, sur le refus radical de toute domination extérieure. Nous avons nommé et théorisé le colonialisme interne que subit la Bretagne : assimilation linguistique forcée, centralisation, spoliation économique, négation systématique de notre identité nationale. Face à la France – cet État qui nie l’existence même des nations qu’il occupe, la Bretagne, la Corse, le Pays basque nord, la Catalogne nord, l’Alsace-Moselle historique, qui impose sa langue unique, son école unique, son pseudo roman national unique –, nous avons toujours affirmé que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est intangible.
Les Inuits du Groenland (Kalaallit), qui constituent près de 90 % de la population, portent une nation distincte avec sa langue, sa culture, son rapport millénaire à un territoire extrême. Depuis 2009 et la loi d’autonomie renforcée, ils ont repris des leviers essentiels de souveraineté. Leur aspiration à l’indépendance complète n’est plus hypothétique : elle est portée par des majorités électorales, débattue dans leur parlement, exprimée dans les enquêtes d’opinion. Trump veut les transformer en sujets de seconde zone d’un empire américain expansionniste, voler les ressources, implanter des bases militaires, imposer une souveraineté étrangère sans leur consentement. C’est le schéma colonial classique : dépossession, pillage, assimilation forcée.
Si nous acceptons que les États-Unis annexent un peuple par la menace ou le chantage économique, nous légitimons indirectement le même traitement que l’État français fait subir à la Bretagne depuis des siècles. La France nie notre nationalité, occupe notre pays, nous prive de souveraineté politique, culturelle et économique. Trump veut faire exactement la même chose au Groenland. La logique est identique. Notre condamnation doit donc être sans nuance.
L’impérialisme américain prolonge les impérialismes étatiques que nous combattons
Trump n’est pas une anomalie. Il incarne une forme contemporaine et décomplexée d’impérialisme que nous dénonçons depuis toujours, qu’il vienne de Paris, de Londres, de Madrid ou de Washington. Les États-Unis invoquent la « sécurité nationale » pour justifier une annexion ; la France invoque la « République une et indivisible » pour justifier l’occupation de la Bretagne et la répression des militants qui s’y opposent. Même mépris des nations, même volonté d’extraire les richesses, même déni de souveraineté aux peuples autochtones. Nous n’avons jamais hiérarchisé les oppresseurs. Il n’existe pas de « bon » impérialisme. Accepter les visées américaines sur le Groenland reviendrait à admettre que la force prime sur le droit quand elle est exercée par une puissance « alliée ». Ce serait une trahison de notre position, forgé dans la solidarité avec les luttes des peuples pour leur liberté.
Une Europe des peuples, seule réponse crédible aux empires
Cette crise révèle aussi l’impuissance pathétique de l’Europe des États. Une Union construite sur les états dominants et non sur les peuples réels se retrouve paralysée. Le Danemark, membre de l’UE et de l’OTAN, est laissé seul face à son « allié » qui le menace ouvertement. Bruxelles parle beaucoup, agit peu. Copenhague hésite entre fermeté diplomatique et peur des représailles économiques. Les nationalistes bretons, qui défendent depuis un siècle l’idée d’une Europe des peuples et non d’une Europe des États, y voient une confirmation. Seule une fédération des peuples européens – breton, corse, basque, catalan, écossais, groenlandais – peut faire contrepoids aux empires. Une alliance où chaque peuple garde sa langue, sa culture, ses institutions, mais coopère sur les grands enjeux stratégiques, climatiques et économiques.
Solidarité active contre tous les occupants
La position nationaliste bretonne la plus juste et la plus cohérente est sans appel : soutien total et sans condition au droit du peuple groenlandais à décider seul de son avenir, y compris l’indépendance complète s’il le choisit ; condamnation sans nuance des visées impérialistes de Donald Trump et des États-Unis ; refus absolu de tout marchandage ou chantage sur un peuple ; vigilance face à ce précédent qui pourrait normaliser les annexions au XXIe siècle. En défendant le Groenland, nous défendons la Bretagne face à son occupant français. En condamnant Trump, nous condamnons tous les impérialismes, y compris celui de Paris qui nie notre existence nationale depuis des siècles. C’est une question de cohérence, de dignité et de stratégie. Les peuples occupés et opprimés doivent se reconnaître et s’entraider sans compromis. Le Groenland n’est pas à vendre. La Bretagne non plus.
Budig Gourmaelon
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