Emsav : 17 février 1923, naissance de Youenn Olier, écrivain et nationaliste breton

Youenn Olier, de son nom français Yves Ollivier, fut l’une des figures les plus marquantes et les plus discrètes du renouveau breton au XXe siècle. Incarnation d’un patriotisme culturel tenace et érudit, il défendit avec constance l’âme millénaire de la Bretagne à travers la langue, la littérature et une foi catholique profondément ancrée dans le terroir breton. Né le 17 février 1923 à Gwaien (Audierne), dans le Cap Sizun, il s’éteignit le 15 décembre 2004 à Gwened (Vannes), après une vie entièrement dédiée à sa patrie. Catholique fervent et nationaliste breton convaincu, il incarna ce combat patient pour une Bretagne fidèle à ses racines, refusant la francisation en forgeant des outils intellectuels pour que son peuple nomme le monde à sa façon.

Jeunesse et formation : les racines d’un engagement viscéral

Youenn Olier grandit dans une Cornouaille encore largement bretonnante, où la langue maternelle résonnait dans les foyers. Gwaien (Audierne), port de pêche fier et isolé, imprégna son enfance des valeurs d’un peuple marin et paysan. Élevé par des parents brittophones, il apprit pourtant le français comme langue principale, mais resta locuteur précoce du breton grâce à son grand-père et à l’environnement local. Dès l’adolescence, il fut sensible à la menace qui pesait sur la langue bretonne, étouffée par l’école républicaine et la francisation accélérée. Ses études le portèrent vers les lettres classiques. Professeur de latin et de grec de 1946 à 1956, il transmit aux jeunes non seulement les humanités antiques, mais aussi une conscience de l’héritage celtique reliant la Bretagne à un passé européen bien plus vaste que celui de l’Hexagone. Cette période renforça chez lui la conviction que l’éducation et la culture étaient les armes les plus puissantes pour réveiller l’identité bretonne.

Carrière professionnelle : gardien des archives bretonnes

En 1956, Olier devint bibliothécaire à Roazhon (Rennes), capitale historique de la Bretagne, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 1983. Ce rôle discret fut pour lui une mission essentielle : plongé dans les fonds patrimoniaux, il veilla sur les trésors écrits de la Bretagne, encouragea les chercheurs et contribua à préserver ce qui risquait l’oubli. Roazhon (Rennes), avec son passé ducal et capitale de l’Emsav, offrit un cadre idéal pour cultiver un savoir vivant et accessible. Son travail n’était pas neutre : chaque livre sauvé renforçait la chaîne ininterrompue de la culture bretonne face à l’uniformisation.

Engagement dans l’Emsav

Dès 1945, avec Yann Ar Gall, il lança An Avel, un périodique nationaliste d’inspiration catholique en français, défendant une vision autonomiste où foi et nationalité bretonne se renforçaient mutuellement. Catholique convaincu, il y opposait à la République laïque un nationalisme fervent, ancré dans la terre de Bretagne et la spiritualité des saints bretons. Son rôle devint central dans les revues bretonnantes : contributions régulières à Al Liamm, Emsav Stadel Breizh, Barr-Heol, Imbourc’h, Gevred et d’autres bastions de la littérature en breton. En 1954, issu de Al Liamm, naquit Hor Yezh (« Notre Langue »), revue linguistique qu’il soutint activement pour moderniser le breton et le rendre outil complet de la modernité. Avec Pêr Denez et Ronan Huon, il reprit le flambeau de l’esprit de Gwalarn, promouvant une littérature nationale digne, capable d’exprimer l’universel sans renier ses racines celtiques. En 1969, avec Pol Kalvez et son neveu Tangi Louarn, il fonda Skol An Emsav, structure formative qui prépara les cadres du mouvement immersif en breton, quatre ans avant Diwan. Imbourc’h (« Quête »), publication liée à ce centre, devint un foyer de recherche philologique normative, promouvant l’enseignement du breton au second degré. Olier, philosophe bretonnant exclusif, éleva la langue vers les sommets pour y exprimer une « pensée complète », admirée même par ses détracteurs.

Œuvre littéraire : une plume prolifique au service de l’âme bretonne

Youenn Olier fut l’un des écrivains les plus prolifiques de la seconde moitié du XXe siècle en breton, influencé par Gwalarn et le IIIe Emsav. Son œuvre, variée et exigeante, mêle profondeur psychologique, attachement viscéral à la Bretagne et critique de la modernité aliénante.

Poésie : Kelc’h An Amzer (« Le Cercle du Temps », réédité en 1994), méditation sur l’éphémère ancrée dans les paysages bretons ; Barzhonegoù (1969), explorant l’étranger et l’unité bretonne, avec des poèmes comme Va Fobl (« Mon Peuple ») déplorant les divisions internes.

Romans : E Penn an Hent (« Au Bout de la Route », 1963), récit introspectif ; Porzh An Ifern (« La Porte de l’Enfer », 1982), plongée dans les tourments humains ; Poanioù Spered an Tad Gwazdoue ; Enez Ar Vertuz (« L’Île de la Vertu »), roman de science-fiction utopique où la Bretagne incarne une résistance historique.

Essais et travaux historiques : Ar Fest-Noz (1960), célébration des fêtes bretonnes ; Istor Hol Lennegezh (« Histoire de Notre Littérature », 2 volumes), analyse critique de Skol Walarn et d’auteurs comme Roparz Hemon ; Istor an Emsav (« Histoire du Mouvement Breton », du XIXe à 1945), référence contextualisant faits et acteurs.

Autres : Ur Bloavezh er Broioù-Krec’h (« Une Année dans les Pays de l’Ouest »), récit de voyage ; Distro e Breizh (« Retour en Bretagne », 1996) ; traductions d’œuvres russes en breton ; son journal intime (Deizlevr, 25 volumes de 1940 à 1966), témoignage précieux sur l’époque.

Il traduisit aussi Euripide et d’autres classiques, prouvant que le breton pouvait porter l’universel.

Héritage : un passeur d’âme pour la Bretagne éternelle

À sa mort, Youenn Olier laissa une Bretagne enrichie de mots et d’espérance. Reconnu comme un philosophe bretonnant original, il influença des générations par sa défense obstinée de la langue comme colonne vertébrale de l’identité nationale de la Bretagne. Dans une ère de mondialisation effaçant les identités, son œuvre incarne une résistance inflexible.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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