La politique linguistique de la « Région » Bretagne pour 2026 révèle une nouvelle fois les limites systémiques des engagements actuels en faveur de la langue bretonne, langue nationale de la Bretagne. Le conseil « régional » a voté, le 11 février 2026, un budget de 11,9 millions d’euros dédié à la politique linguistique de la Bretagne. Ce montant reste stable par rapport à l’année précédente, évitant une baisse formelle, mais il déçoit profondément les acteurs du terrain. Le plan de réappropriation de la langue bretonne 2023-2027, adopté à l’unanimité trois ans plus tôt, prévoyait explicitement 12,6 millions d’euros pour 2026. L’écart de 600 000 euros compromet la trajectoire promise et freine les efforts de transmission.
Kaourintine Hulod, chargée de la langue bretonne au Conseil, résume la situation : « À première vue, ce n’est pas une baisse, mais nous sommes déçus de rester avec un montant d’argent stable par rapport à l’ancien malgré que ce soit peu pour la période » (en breton : « A-bouez eo lar n’eo ket un digresk memestra […] berr ar peuriñ evit ar mare »).
Malgré les assurances de soutien aux apprenants, locuteurs et créateurs, ce gel budgétaire, aggravé par les réductions budgétaires imposées par l’État français (budget culture global à 27 millions d’euros en baisse), affaiblit l’ensemble de la politique linguistique bretonne.
Les partis français font partie du problème
Les partis politiques français portent une responsabilité majeure dans cette stagnation. Qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, leurs propositions pour le breton restent anémiques et de pure forme, souvent limitées à des discours patrimoniaux sans ambition structurelle. L’impérialisme linguistique, inscrit dans l’article 2 de la Constitution (« La langue de la République est le français »), continue de primer. Renaissance et Les Républicains maintiennent un soutien vague à l’enseignement bilingue, sans engagements chiffrés ni statut officiel pour la langue bretonne. La France Insoumise a voté contre la loi Molac en 2021, arguant d’un « sursubventionnement du privé » en désignant Diwan du doigt. Le Rassemblement national, adepte un chauvinisme extrême, rejette catégoriquement l’enseignement la langue bretonne à l’école, priorisant l’exclusivité de la langue de l’occupant français. Ces positions coloniales expliquent pourquoi, malgré les positions affichées du Conseil « Régional », l’État français réduit ses subventions et force des arbitrages douloureux. Les partis hexagonaux, unanimement chauvins, s’opposent à la diversité linguistique, reléguant notre langue à un folklore plutôt qu’à une langue vivante à promouvoir très activement.
L’urgence absolue : la dernière langue celtique continentale en péril
Le breton est la dernière langue celtique parlée sur le continent européen. Son déclin est critique. Selon l’étude sociolinguistique TMO 2024 (publiée en janvier 2025), seuls 107 000 locuteurs parlent très bien ou assez bien le breton (2,7 % de la population des cinq départements historiques), contre 214 000 en 2018 – une chute de 50 % en six ans. En 1945, plus d’un million de Bretons parlaient leur langue nationale. L’âge moyen des locuteurs est passé de 70 à 58,5 ans, grâce à un rajeunissement via l’école, mais la transmission familiale reste quasiment nulle (seuls 16 % l’ont apprise à la maison). L’UNESCO classe le breton « sérieusement en danger » (severely endangered). Sans inversion rapide, la perte sera irréversible.
Historiquement, l’État français a combattu notre langue : Barère en 1794 la qualifiait d’« instrument barbare », Anatole de Monzie en 1925 affirmait qu’elle « doit disparaître » pour l’unité de l’impérialisme français. Cette réalité demeure, en dépit des efforts héroïques des écoles bretonnantes. Aujourd’hui, avec environ 20 000 élèves en filières bilingues ou immersives (Diwan, public, catholique), l’objectif de 30 000 d’ici 2027 semble compromis par le sous-financement.
Exemples européens : la revitalisation est possible
Les langues celtiques voisines démontrent que des politiques ambitieuses fonctionnent. Au Pays de Galles, le gallois compte 580 000 locuteurs (18 % de la population) : enseignement bilingue obligatoire dans de nombreuses écoles, co-officialité avec l’anglais, chaîne TV S4C et budget dédié ont permis une hausse de 5 % entre 2011 et 2021. En Irlande, l’irlandais (260 000 locuteurs quotidiens) est langue nationale officielle, enseigné obligatoirement, avec des zones Gaeltacht et environ 100 millions d’euros annuels. En Écosse, le gaélique (94 000 locuteurs) progresse grâce à des écoles immersives et BBC Alba (+20 % d’apprenants en dix ans). Même le cornique, éteint au XIXe siècle, compte 500 locuteurs actifs via la Charte européenne des langues régionales (ratifiée par le Royaume-Uni, signée mais non ratifiée par la France). Ces succès reposent sur des investissements massifs (10-20 % du budget culturel) et une reconnaissance politique et institutionnelle officielle.
Les propositions du Parti National Breton
Le Parti National Breton propose un programme radical pour faire du breton une langue nationale enseignée, financée et promue :
- Enseignement obligatoire dans la zone d’extension historique de la langue bretonne visant une exposition pour 100 % des élèves, sur le modèle gallois.
- Une université nationale en langue bretonne.
- Une académie de la langue bretonne (transformation de l’OPLB) : défense, promotion, toponymie officielle, orthographe unifiée, préservation des dialectes, néologismes, intégration de l’IA pour la traduction, échanges internationaux.
Le Parti National Breton défend, dans le cadre d’un gouvernement breton autonome similaire à celui du Pays de Galles, un budget dédié à la langue bretonne qui devrait refléter l’urgence. Pour une Bretagne autonome à cinq départements (PIB ~165 Md€), un budget proportionnel équivalent serait de 100 millions d’euros annuels dédiés au breton (0,05-0,06 % du PIB), soit 16-20 € par habitant (contre ~2,50 € actuels avec les 12 M€ de la seule « Région » Bretagne pour le breton). Cela représenterait un effort réaliste et ambitieux, finançable dans un budget gouvernemental autonome estimé à 30-40 Md€ (proportionnel au budget gallois ~27,5 Md£ pour services dévolus).
Répartition :
- 40-50 % éducation/formation (32-50 M€) : immersion massive, masters bilingues.
- 25-30 % médias/promotion (20-30 M€) : chaîne/radio dédiée, quota 40-50 % en breton.
- 15-20 % administration bilingue (12-20 M€) : bilinguisme obligatoire, formation agents.
- 10 % recherche/technologies (8-10 M€) : IA traduction, Académie.
Pour la Bretagne autonome, la formation de 2 000 à 3 000 professeurs serait l’objectif avec 150-250 formations/certifications par an sur 10-15 ans pour un budget annuel de 8-15 M€ (bourses, stages, masters UBO/Rennes 2/Nantes). Inclut 60-100 en initiale immersion + 90-150 en reconversion/continue.
Progression des effectifs
Avec actuellement environ 20 000 élèves bilingues/immersifs et 107 000 locuteurs (2,2 %), la progression visée s’articulerait comme ceci :
- 2026-2030 : +15-20 % annuel → 40-60 000 élèves.
- 2031-2040 : +10-15 % annuel → 100-150 000 élèves ; 150-200 000 locuteurs (3-4 %).
- 2041-2050 : +5-8 % → 200-300 000 locuteurs (4-6 %), transmission familiale à 30-40 %.
S’y ajouteraient des évaluations bisannuelles, des campagnes familiales (comme au Pays de Galles).
Mesures pour le breton obligatoire dans l’administration
Calqué sur le Welsh Language Act 1993 et Measure 2011 (égalité gallois/anglais ; standards obligatoires ; Commissioner pour sanctions), l’institutionnalisation de la langue bretonne s’imposerait en Bretagne :
- Documents : Bilinguisme systématique (formulaires, sites, arrêtés, signalétique routes/bâtiments) via Académie + IA traduction.
- Justice : Droit à procédure bilingue (interprètes gratuits, juges/agents formés – 80-150 par an).
- Médias publics : Quota 40-50 % en breton (France 3/France Bleu + unité dédiée ou chaîne régionale ; budget 15-25 M€).
- Services : Référents bretonnants obligatoires (guichets, hôpitaux, transports) ; formation 1 500-2 500 agents/an ; labels entreprises ; sanctions/amendes pour non-respect.
Ces mesures rendraient le breton langue fonctionnelle quotidienne, comme le gallois co-officiel. Dans une Bretagne autonome à cinq départements, ce budget (100 M€) serait proportionnel au PIB et soutenable, contrastant radicalement avec le sous-financement actuel sous tutelle française. C’est possible, mais il faut pour cela une prise de conscience nationale et politique que seuls les nationalistes bretons peuvent porter.
Budig Gourmaelon
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