Emsav : 25 juin 1931, naissance de Glenmor, poète nationaliste

Né le 25 juin 1931 à Maël-Carhaix, au cœur du Kreiz Breizh, Émile Le Scanff – Milig ar Skañv en breton – grandit dans une famille paysanne bretonnante. Dès l’enfance, il ressent l’appel profond de sa terre : une Bretagne rurale où la langue ancestrale porte encore la mémoire des vents et des labours. Son nom de scène, Glenmor, unit l’Armor et l’Argoat, la terre et la mer, comme un symbole vivant de l’unité bretonne dans sa diversité.

Après des études au petit séminaire de Quintin, une licence de philosophie à Rennes et des voyages qui le mènent en Italie, Grèce et au-delà, il revient au pays. La vocation du barde s’impose alors comme une évidence. En 1959, il monte sur scène à Paris, accompagné par Denise Mégevand à la harpe. Ce n’est pas seulement un chanteur qui débute : c’est un éveilleur qui choisit la chanson comme arme poétique et populaire pour redonner voix à un peuple dont l’identité a trop longtemps été mise à l’épreuve.

Glenmor incarne cette Bretagne qui se relève, qui refuse l’oubli. Il chante en français et en breton, mêlant révolte, tendresse et fierté. Ses textes portent la marque d’un attachement viscéral à sa terre. Comme il le confie dans une interview :

« Je me suis dit, pourquoi pas créer le bardisme tel qu’il était autrefois ; c’est-à-dire un moyen d’expression populaire en se servant des données que nous donne le peuple et de chanter tout haut ce que les Bretons pensaient tout bas. »

Son engagement pour la cause bretonne est profond et constant. Nationaliste breton convaincu, il est encarté dès sa jeunesse au Parti National Breton (PNB) et il participe activement à la vie intellectuelle du mouvement tout au long de sa vie. Avec ses amis Alain Guel et Xavier Grall, il contribue à la fondation des Éditions Kelenn, qui permettent de diffuser des idées et des textes essentiels à la réflexion bretonne. En 1977, il est notamment lié à l’édition de L’Essence de la Bretagne d’Olier Mordrel, que Glenmor admire, ouvrage majeur qui interroge l’âme et l’identité profonde du pays. Son œuvre résonne comme un hymne discret mais puissant à l’âme bretonne. Dans Le Retour, il célèbre le lien indéfectible avec la terre natale : « Voici bien ma terre / Où je reviens toujours… » La Bretagne n’est pas un décor, elle est une matrice, une source de force et de renaissance.

Plus engagée encore, Princes, entendez bien… (1973) reste un monument de lucidité et de courage. Glenmor y interpelle les puissants avec une ironie mordante et une vision prophétique. En breton, Kan bale an ARB (« Chant de marche de l’Armée révolutionnaire bretonne ») devient un appel rythmé à la dignité et à la résistance :

« Poent eo stagañ Bretoned, gant stourm meur ar vro / Il est temps de commencer Bretons, le grand combat du pays… Un jour le temps sera clair / Sur les routes de la guérilla… »

Ami de Xavier Grall, proche d’Alan Stivell et Gilles Servat, il participe à ce grand réveil culturel breton des années 1960-1970. Il fonde même avec d’autres La Nation bretonne, journal nationaliste. Marié à Katell (Catherine Duveillez), rencontrée à Bruxelles, il s’installe en Centre-Bretagne, à Glomel, où il vit entre manoir et chemins de bohème. Père de Sterenn et Edern, il reste un homme de chair et de racines. Jusqu’à la fin de sa carrière musicale en 1990, puis dans ses écrits, Glenmor incarne cette Bretagne millénaire : fière de son histoire, attachée à sa langue et à ses valeurs, défendant son âme. Décoré de l’Ordre de l’Hermine en 1990, il s’éteint le 18 juin 1996 à Quimperlé, laissant une œuvre qui continue de porter le vent de la terre et de la mer.

Glenmor n’était pas seulement un chanteur : il était le barde qui a su dire, avec force et subtilité, que la Bretagne vit, chante et se souvient. Dans ses mots, c’est toute une terre qui se redresse, discrètement mais sûrement, fidèle à elle-même.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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