Alors que la flambée du prix du carburant provoque une nouvelle crise dans le secteur de la pêche, le Parti National Breton a publié jeudi 18 septembre un communiqué apportant son soutien aux professionnels mobilisés et appelant à dépasser les mesures d’urgence pour engager une véritable politique maritime à l’échelle de la Bretagne. Intitulé « La Bretagne doit reprendre en main son avenir maritime », le texte inscrit la crise actuelle dans une problématique beaucoup plus large : celle de la dépendance de la première région halieutique de l’Hexagone à des décisions prises essentiellement hors de Bretagne.
La mobilisation des pêcheurs s’est développée cette semaine sur fond de forte augmentation du coût du gazole. Des actions ont notamment été organisées dans plusieurs ports méditerranéens, tandis que les représentants de la profession ont été reçus pendant plusieurs heures par la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud. Le gouvernement a finalement confirmé la prolongation jusqu’à la fin de l’année d’un mécanisme prenant en charge 70 % du surcoût constaté du carburant, auquel doit s’ajouter un dispositif de prêt à taux zéro destiné à soulager la trésorerie des armements. Le Comité national des pêches a accueilli favorablement ces premières mesures, tout en maintenant la pression sur les pouvoirs publics.
Pour le PNB, ces réponses sont nécessaires mais ne règlent cependant qu’une partie du problème. Le parti souligne le poids particulier de la pêche en Bretagne, où il évalue la flotte à environ 1 140 navires et les effectifs à quelque 4 000 marins. Selon son communiqué, la Bretagne représente environ 45 % de la pêche hexagonale. Au-delà de ces chiffres, le parti insiste sur l’ensemble de l’écosystème économique dépendant de l’activité : ports, criées, mareyage, transformation, réparation et construction navales, transport et logistique.
Cette inquiétude sur l’avenir de la flotte n’est d’ailleurs pas propre au PNB. Dès le mois de mai, la Région Bretagne constatait que l’âge moyen de la flotte bretonne atteignait 32 ans et réclamait une évolution des règles permettant son renouvellement. Elle avançait notamment qu’un navire neuf pouvait consommer environ 25 % de gazole de moins et indiquait avoir investi 52,5 millions d’euros dans les infrastructures portuaires au cours des huit années précédentes. La crise actuelle vient ainsi frapper une filière déjà confrontée à la nécessité de moderniser profondément son outil de travail.
Répondre à l’urgence sans s’y enfermer
Dans l’immédiat, le Parti National Breton soutient les mécanismes permettant aux pêcheurs de continuer à prendre la mer. Il réclame des compensations sur le carburant rapidement versées, des facilités de trésorerie pour les entreprises les plus exposées et des mécanismes temporaires lorsque les conditions économiques rendent certaines sorties en mer non rentables. Le PNB demande également que l’impact économique des nouvelles réglementations soit systématiquement étudié avec les professionnels, parallèlement aux impératifs de préservation de la ressource.
Mais le parti refuse de réduire la politique de la pêche à une succession de subventions au litre de gazole. Selon son analyse, les crises se répètent parce que plusieurs difficultés structurelles restent sans réponse : vieillissement de la flotte, dépendance aux hydrocarbures, investissements insuffisants, multiplication des niveaux réglementaires et dispersion des centres de décision. La réponse proposée est donc institutionnelle autant qu’économique.
Le communiqué marque à cet égard une évolution importante dans la manière dont le PNB articule son projet autonomiste à des politiques sectorielles concrètes. Plutôt que de présenter l’autonomie comme un objectif institutionnel abstrait, le parti entend démontrer ce qu’un transfert de compétences changerait dans le fonctionnement quotidien d’un secteur essentiel de l’économie bretonne.
Une Autorité bretonne de la mer
La principale proposition consiste à transférer à la Bretagne un ensemble cohérent de compétences concernant la pêche, les ports, l’aquaculture, le littoral, les énergies marines et la planification maritime. Elles seraient accompagnées des ressources financières correspondantes et progressivement réunies au sein d’une « Autorité bretonne de la mer ».
Cette institution travaillerait directement avec les organisations professionnelles, les ports, les criées, les entreprises de transformation, les chantiers navals et les organismes scientifiques. Le PNB affirme ne pas vouloir créer une strate bureaucratique supplémentaire, mais au contraire réunir des responsabilités actuellement dispersées afin qu’une stratégie maritime cohérente puisse être élaborée et conduite en Bretagne.
Le projet comporte également une dimension réglementaire. Dans les domaines transférés, le PNB souhaite que la Bretagne puisse progressivement édicter ses propres règles, accompagnées d’études d’impact. Pour la pêche, l’objectif serait d’adapter davantage les décisions à la réalité des flottilles, à l’état des stocks et aux conditions économiques propres aux différents métiers.
Cette conception place la mer au centre du projet d’autonomie défendu par le parti. La Bretagne ne serait plus seulement chargée d’accompagner financièrement des politiques largement décidées ailleurs : elle disposerait d’un pouvoir de décision sur l’organisation d’un secteur dont elle concentre une part considérable de l’activité.
Moderniser une flotte vieillissante
Le second grand axe concerne le renouvellement des navires. Le PNB propose un programme pluriannuel destiné en priorité aux armements réellement implantés dans les ports bretons. Le parti précise que l’objectif ne serait pas d’augmenter les capacités de capture, mais de réduire la consommation énergétique par tonne débarquée, d’améliorer la sécurité et les conditions de travail et de soutenir simultanément les chantiers navals bretons.
Sur ce point, le diagnostic rejoint largement celui formulé par les institutions régionales. La Région Bretagne considère elle aussi que le vieillissement de la flotte constitue désormais un problème majeur et plaide pour des bateaux plus économes sans augmentation de l’effort de pêche. Elle défend différentes technologies — électrique, hybride ou carburants alternatifs — en fonction des caractéristiques des navires.
Le PNB adopte toutefois une position prudente sur la transition énergétique. Son communiqué reconnaît explicitement que le gazole restera indispensable pendant une période de transition et rejette l’idée d’imposer prématurément aux professionnels des technologies qui ne seraient pas adaptées aux conditions réelles de navigation. La décarbonation est donc présentée comme une transformation progressive de l’outil de production plutôt que comme une contrainte immédiate supplémentaire imposée aux pêcheurs.
Garder davantage de valeur en Bretagne
Le projet dépasse également la seule activité de capture. Le PNB considère que la question décisive n’est pas seulement de savoir combien de tonnes de poisson sont débarquées, mais quelle part de la valeur économique produite par cette ressource reste effectivement en Bretagne.
Le parti propose donc de renforcer les criées, le mareyage, la transformation, la conservation, la logistique frigorifique, la commercialisation et les capacités d’exportation. Brest, Lorient, Concarneau, Le Guilvinec, Douarnenez, Saint-Malo, Saint-Quay-Portrieux, Roscoff, Nantes et Saint-Nazaire sont envisagés non comme des ports isolés mais comme les composantes spécialisées d’un même système maritime.
Cette logique correspond à l’ambition économique plus générale du programme « Breizh 2040 » du PNB : faire de la mer un ensemble économique intégré associant pêche, aquaculture, transformation alimentaire, construction navale, commerce, recherche et production énergétique. La question maritime devient ainsi l’un des terrains sur lesquels le parti cherche à donner une traduction économique concrète à son projet politique.
De la crise du gazole à la question de l’autonomie
La crise actuelle permet enfin au Parti National Breton de mettre en avant une dimension énergétique de son programme. Une flotte presque entièrement dépendante du pétrole importé reste exposée aux fluctuations internationales des prix, comme l’illustre brutalement la situation actuelle. Le parti propose donc d’expérimenter à long terme des carburants alternatifs — biométhane, biocarburants avancés, ressources issues de la biomasse marine ou carburants synthétiques — tout en maintenant les carburants conventionnels aussi longtemps que les nécessités techniques de la flotte l’imposeront.
Un programme « Flotte bretonne 2040 » associerait dans cette perspective pêcheurs, chantiers navals, motoristes, industriels et établissements de recherche afin que les technologies soient expérimentées dans les conditions réelles d’exploitation avant leur éventuelle généralisation.
À travers ce communiqué, le PNB cherche donc manifestement à transformer une crise sectorielle en démonstration de sa conception de l’autonomie. Là où les réponses gouvernementales actuelles portent principalement sur le coût immédiat du carburant et la trésorerie des entreprises, le parti breton propose de déplacer progressivement le centre de décision lui-même.
Son raisonnement peut se résumer simplement : une Bretagne qui possède l’une des principales flottes de pêche de l’espace français, des ports importants, des chantiers navals, des entreprises de transformation et une longue tradition maritime devrait disposer des instruments politiques permettant d’organiser cet ensemble. L’autonomie maritime proposée par le PNB devient ainsi moins une revendication institutionnelle qu’un projet de réorganisation économique.
La formule qui conclut son communiqué résume cette ligne : répondre aujourd’hui à l’urgence pour permettre aux pêcheurs de continuer à travailler, mais préparer simultanément les conditions permettant à la Bretagne de décider demain elle-même de son avenir maritime. Pour le Parti National Breton, la crise du gazole ne pose donc pas seulement la question du prix auquel les bateaux peuvent reprendre la mer. Elle pose désormais celle du lieu où doit être décidée la politique de la mer.
Budig Gourmaelon
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