17 octobre 1379 : la Bretagne contraint la France à négocier après l’échec de l’annexion du duché

Le 17 octobre 1379, une trêve d’un mois est conclue entre le duc Jean IV de Bretagne et le roi de France. Cet accord intervient après une crise majeure : la tentative de Charles V d’annexer la Bretagne. Face à cette menace, la noblesse bretonne, jusque-là profondément divisée, s’est rassemblée pour défendre les droits et les institutions du pays.

Charles V tente de faire disparaître le duché de Bretagne

À la fin de l’année 1378, le roi de France Charles V croit pouvoir régler définitivement la question bretonne. Depuis plusieurs années, le duc Jean IV de Bretagne vit en exil en Angleterre, chassé de son duché à la suite de l’intervention des armées françaises en 1373. Son alliance avec la monarchie anglaise, dans le contexte de la guerre de Cent Ans, lui a valu l’hostilité du souverain français.

En décembre 1378, Charles V franchit une étape décisive. Il entreprend de confisquer le duché et d’annexer la Bretagne. Mais le roi de France commet une grave erreur politique. En cherchant à supprimer le pouvoir ducal, il provoque une réaction nationale qui dépasse les anciennes fidélités dynastiques.

Depuis la guerre de Succession de Bretagne, les grandes familles du pays sont divisées entre les partisans des Montfort et ceux des Penthièvre. Certains seigneurs bretons ont même combattu Jean IV aux côtés des Français. Pourtant, la perspective d’une annexion pure et simple au royaume de France change profondément la situation.

La défense de la Bretagne devient une cause nationale à une partie importante de la noblesse bretonne, y compris parmi les anciens adversaires du duc.

Le retour triomphal de Jean IV

C’est dans ce contexte que Jean IV prépare son retour. Le 3 août 1379, après six années d’exil, il débarque à Dinard et retrouve une Bretagne où l’opposition à la politique française a considérablement renforcé sa position.

Son retour est accueilli favorablement par de nombreux seigneurs qui voient désormais en lui le représentant de la continuité du pouvoir breton. La tentative d’annexion française a ainsi produit l’effet inverse de celui recherché : au lieu de faire disparaître la dynastie des Montfort, elle contribue à restaurer son autorité.

Pour autant, la situation demeure délicate. Jean IV reste étroitement lié à l’Angleterre, dont il a reçu l’appui pendant son exil. Or, la présence des troupes anglaises en Bretagne suscite également de profondes réticences. Le retour de Jean IV s’accompagne donc d’une exigence politique : préserver la Bretagne des ambitions concurrentes des deux grandes monarchies engagées dans la guerre de Cent Ans.

Cette position explique en partie la complexité des négociations qui s’engagent à l’automne 1379.

17 octobre 1379 : la monarchie française accepte une trêve

Deux mois et demi après le débarquement de Jean IV, la crise connaît un premier tournant diplomatique.

Le 17 octobre 1379, une trêve d’un mois est conclue entre le duc de Bretagne et le roi de France. Le duc d’Anjou, frère de Charles V, intervient dans les négociations.

L’accord ne règle pas définitivement le conflit, mais il témoigne d’une évolution du rapport de force. La monarchie française, qui avait entrepris quelques mois plus tôt d’annexer la Bretagne, doit désormais composer avec le retour de son duc et la résistance d’une partie importante de la noblesse bretonne.

La trêve permet de suspendre temporairement les hostilités et d’ouvrir la voie à de nouvelles discussions. Elle ne signifie toutefois ni l’abandon immédiat de toutes les prétentions françaises ni la disparition des difficultés liées aux alliances anglaises de Jean IV.

Pour le duc, l’enjeu est de consolider son retour au pouvoir et d’obtenir un règlement durable qui garantisse le maintien de son autorité sur la Bretagne.

La mort de Charles V ouvre la voie à un compromis

La trêve d’octobre 1379 n’est qu’une étape. Les négociations se poursuivent pendant les mois suivants, sans parvenir immédiatement à une solution définitive.

Un événement majeur vient cependant modifier la situation : le 16 septembre 1380, Charles V meurt à Paris. Son successeur, Charles VI, n’est encore qu’un enfant, et le gouvernement du royaume passe sous l’influence des princes de sa famille.

Ce changement dynastique favorise la recherche d’un règlement avec Jean IV.

En 1381, le second traité de Guérande met finalement un terme à la crise. Le traité confirme l’échec du projet d’annexion entrepris par Charles V en 1378.

Une victoire politique pour l’État breton

L’épisode de 1378-1381 occupe une place particulière dans l’histoire politique de la Bretagne. Il montre que les rivalités dynastiques, aussi profondes soient-elles, ne suffisent pas à effacer la conscience nationale bretonne.

Des seigneurs qui s’étaient affrontés pendant des décennies peuvent se retrouver du même côté lorsqu’une puissance étrangère la menace dans son existence.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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