Dans le panthéon des dieux brittoniques, Nodons est l’un des rois d’un peuple mythique dont les membres souvent considéré comme des dieux ou des héros divins dans le panthéon celtique. Sa présence est bien attestée dans le contexte celte de la Grande-Bretagne romaine.
Le nom Nodons (ou Nodens) dérive probablement de la racine proto-celtique nodo- ou noud- signifiant « nouer » ou « guérir ». Cette étymologie pourrait évoquer son rôle de guérisseur ou de restaurateur. Nodens est lié à l’ancien irlandais Nuadu et au gallois Nudd.

Le culte de Nodons est particulièrement bien documenté à Lydney Park, dans le Gloucestershire (ouest de l’Angleterre). Un complexe religieux y a été dédié à cette divinité.
À Lydney Park, les fouilles ont révélé un grand sanctuaire romano-brittonique du IVe siècle dédié à Nodons. On y a trouvé des mosaïques, des inscriptions votives et des objets liés à la guérison, comme des ex-voto représentant des parties du corps humain.
Une inscription importante retrouvée sur le site porte l’inscription : « Deo Nodenti » (au dieu Nodons), confirmant le lien direct avec cette divinité. Des offrandes telles que des pièces et des anneaux témoignent d’un culte actif.
DEVO NODENTI SILVIANVS ANILVM PERDEDIT DEMEDIAM PARTEM DONAVIT NODENTI INTER QVIBVS NOMEN SENICIANI NOLLIS PETMITTAS SANITATEM DONEC PERFERA VSQVE TEMPLVM DENTIS
Pour le dieu Nodens. Silvianus a perdu un anneau et en a donné la moitié à Nodens. Parmi ceux qui sont nommés Senicianus ne permet aucune bonne santé jusqu’à ce qu’il soit retourné au temple de Nodens).
À Lydney, des mosaïques représentant des dauphins et des créatures marines, des statues de chiens (associés à la guérison), et des milliers de pièces de monnaie ont été retrouvées. Ces artefacts montrent une forte connexion à la mer et aux fonctions curatives

Mosaïque du temple de Lydney Park
Nodens est l’équivalent breton du dieu irlandais Nuada Airgetlám (« Main d’argent »), un roi mythologique des Tuatha Dé Danann, qui incarne la guérison et le pouvoir restauré grâce à une main artificielle. En gallois, Lludd Llaw Eraint (équivalent de Nuada) partage cette symbolique.
Nodons et la royauté sacrée
La royauté sacrée désigne une conception du pouvoir où le roi ou le chef est investi d’une fonction à la fois politique et religieuse. Dans cette vision, la souveraineté du roi n’est pas seulement administrative ou guerrière, mais elle reflète un rôle sacré et cosmique.
Dans la mythologie celtique, les rois, comme Nuada, sont souvent liés à une fonction divine, garantissant l’ordre du cosmos et la prospérité de leur peuple. La royauté sacrée est souvent associée à la fécondité des terres et au bien-être de la communauté. Si le roi est juste et sacré, le royaume prospère. Si le roi est corrompu ou blessé, le pays peut souffrir (par exemple, à travers des famines ou des désordres sociaux).
Le roi doit souvent incarner la perfection, tant physique que morale. Dans la mythologie irlandaise, la destitution de Nuada après la perte de son bras reflète cette exigence. Sa restauration à la royauté après avoir reçu une main d’argent souligne la nature rituelle et symbolique de cette perfection.

Le roi joue le rôle de pont entre le divin et l’humain. Il accomplit des rites, dirige des cérémonies et garantit que l’ordre sacré est respecté dans le royaume.
Le roi incarne une force stabilisatrice. En assurant justice et harmonie, il maintient l’équilibre entre les forces du chaos (souvent représentées par des ennemis mythiques ou des catastrophes naturelles) et les forces de l’ordre.
Nodons peut être interprété dans le cadre des trois fonctions indo-européennes.
- Souveraineté : En tant que roi, il représente la gouvernance et l’ordre.
- Guerrière : Par son rôle de chef militaire.
- Productive : Moins directement liée, mais évoquée par son lien avec la guérison et la restauration.
Mars Nodons
Qui est Mars Nodons mentionné au temple de Lydney Park ? Les parallèles les plus évidents sont le dieu gallois Nudd/Lludd Llaw Ereint (« Lludd de la main d’argent ») et le dieu irlandais Nuadu. Outre les affinités linguistiques, il existe également un parallèle surprenant : le dieu Nuadu a perdu un bras lors de sa première bataille. Protégé par le Dagda, il a survécu à la bataille, mais ne pouvait plus être roi car il n’était plus physiquement parfait ; il a été remplacé par Bres, un demi-Fomorien. Les Formoriens sont semblables aux Titans grecs : des dieux primitifs, incarnant les forces primordiales, venus de la mer ou du sous-sol. Opposés aux Tuatha Dé Danann, les nouveaux dieux porteurs d’ordre, ils représentent les puissances destructrices et la personnification du chaos et des ténèbres, sans toutefois être « maléfiques » au sens manichéen du mot.

Dian Cécht
Après que le dieu de la guérison, Dian Cécht, eut remplacé le bras perdu de Nuadu par un bras d’argent en état de marche, Nuadu put enfin débarrasser Bres de sa domination oppressive et retrouver sa place de souverain. Est-ce une coïncidence qu’un bras gauche en bronze, qui était exposé debout, ait été découvert à Lydney ? Cela pourrait suggérer que le mythe du bras perdu de Nuadu et de son remplacement en argent – ou une variante de ce mythe – était déjà connu en Grande-Bretagne au IVe siècle et/ou qu’il y a pris naissance avant de se répandre en Irlande. Le rôle de Nuadu dans les batailles et en tant que protecteur du peuple/tuath peut également aider à comprendre pourquoi les habitants de Lydney romaine associaient les Nodons à Mars.
Olwen Kerdrel
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