L’entreprise de réécriture de l’histoire de l’Emsav, afin de rendre le nationalisme breton compatible avec le consensus de gauche dominant, est une spécialité de la gauche régionaliste bretonne depuis depuis longtemps. Un exemple récent nous en est donné par le média « NHU », modèle du genre, qui parvient à faire une hagiographie de Morvan Lebesque tout en dissimulant son engagement fasciste.
Auteur pour Breiz Atao jusqu’en 1930, il rompt avec les autonomistes pour rallier en 1931 le Parti National Breton Intégral, un scission marginale d’inspiration maurassienne dirigée par Théophile Jeusset. Ce dernier créera dix ans plus tard le Mouvement Ouvrier Social-National Breton en 1941, un groupe confidentiel nantais d’orientation nationale-socialiste. Dans le journal du PNBI qu’il anime, « Breiz da Zont », Morvan Lebesque déclare progressivement son ralliement plein et entier au fascisme. Peu après, il rompt avec ce groupe, ainsi qu’avec l’Emsav, et va s’établir à Paris en 1932. On le retrouve pendant un mois, en septembre 1940, à la tête de l’Heure bretonne, journal du Parti National Breton fondé par Olier Mordrel. Au bout de quelques semaines, Lebesque disparaît de nouveau pour regagner Paris. En 1942, grâce à diverses amitiés dans les cercles fascistes de la capitale française, il rejoint Je Suis Partout, journal le plus extrémiste de la Collaboration qui développe un violent antisémitisme qui accompagne la politique de l’État français contre les juifs.
Opportuniste, Lebesque se fait de solides amitiés dans le Paris de l’Occupation, dont Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Grâce à ses appuis, il organise discrètement son recyclage au sein de la gauche parisienne au lendemain de la guerre et n’eut pas à encourir de conséquences, malgré un engagement fasciste constant d’une quinzaine d’années (1931-1945) qui éclipse d’ailleurs totalement sa très maigre contribution à l’Emsav (septembre 1940).
NHU n’évoque rien de ce parcours et réécrit l’histoire de Lebesque en faisant disparaître un militantisme conscient, soutenu et radical au sein des cercles fascistes de l’Hexagone. Si Morvan Lebesque quitte l’autonomiste breton en 1931, ce n’est pas parce que le radicalisme de certains Bretons l’auraient dérangé, mais pour s’engager chez les fascistes français qui exercent sur lui une réelle attraction. Cette rupture avec l’Emsav est pourtant présentée par NHU comme « une volonté d’analyse critique » et « d’ouverture » !
Ainsi lit-on :
Toutefois, son parcours idéologique évolue et il prend ses distances avec certaines franges radicales du mouvement breton. Cette transition illustre un aspect fondamental de sa pensée : une volonté d’analyse critique, de remise en question et d’ouverture. Il ne se contente pas de soutenir une cause par conformisme, mais cherche à en comprendre les fondements et les implications.
Loin de se tempérer, Lebesque poursuit son engagement en rejoignant la presse collaborationniste la plus ultra, au plus fort de la guerre (1942). Cet élément central dans la vie professionnelle de ce journaliste est tout simplement caviardée par NHU.
Qu’on en juge :
Mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, il est témoin de la débâcle de l’armée française. Cette expérience le marquera profondément et inspirera son unique roman, « Soldats sans espoir« , où il dépeint la désillusion des soldats français face à l’effondrement de leur armée. Après-guerre, sa plume gagne en assurance et il devient une signature reconnue de la presse française.
Par ce tour de passe-passe, le journaliste fasciste Morvan Lebesque, pourtant pur et dur de la Collaboration, devient une plume « libertaire » que NHU présente comme celui qui aurait courageusement dénoncé les « idéologies totalitaires » du 20ème siècle.
Il rejoint la rédaction du Canard Enchaîné, où il se spécialise dans les chroniques politiques et sociales. Son style incisif et son regard critique sur la société française lui valent une grande notoriété. Il se distingue par une approche libertaire et humaniste, s’attaquant aussi bien au gaullisme qu’à l’autoritarisme de la Vème République et aux idéologies totalitaires du XXe siècle.
Cette réécriture éhontée de la biographie de Morvan Lebesque vise à faire accroire que l’Emsav, mouvement ethno-nationaliste, est la propriété naturelle de la gauche. À bien des égards, Lebesque incarne lui-même le retournement de veste d’un certain nombre de personnes qui, issues de l’Emsav et ayant soutenu l’orientation des nationalistes bretons pro-allemands, ont révisé leur CV après la fin de la guerre pour s’insérer dans la nouvelle donne sociale, idéologique et culturelle. Personne n’y est parvenu aussi radicalement que Lebesque comme on le verra.
Et ainsi, nous voyons la camelote de la gauche française (le contrat social, l’antiracisme) être importée sous nos latitudes et être présentée comme un développement normal dont Lebesque, comme figure intellectuelle, assure la légitimité. Face à l’énormité de la manipulation, NHU concède une allusion pudique au passé de Morvan Lebesque pour mieux assurer qu’après une confession réglementaire, il est d’une impeccable orthodoxie idéologique :
Il prend aussi le recul nécessaire pour analyser ses propres préjugés passés. Dans un texte marquant, il reconnaît avoir cédé par le passé à des penchants racistes, par conformisme et par ignorance, avant d’évoluer vers une compréhension plus juste de la diversité humaine.
Assurément, après 15 d’engagement fasciste, la crainte de passer devant les tribunaux de l’épuration et ses amitiés opportunes avec l’intelligentsia marxiste parisienne auront davantage contribué à sa conversion à la « démocratie multiculturelle » que de tardifs remords.
Pleinement recyclé, Morvan Lebesque voisinera dans les années 1960 avec le marxiste-léniniste Leprohon, coutumier des voyages en Allemagne de l’Est où il est invité par le régime totalitaire pro-soviétique. Leprohon, dynamiteur du MOB de Yann Fouéré, l’introduira dans le courant de l’UDB, la nouvelle scission gauchiste du MOB, d’orientation stalinienne, au point où il écrira dans son journal « Le peuple breton ». De Je Suis Partout à une feuille marxiste, les virages ont été secs pour Morvan Lebesque qui a en réalité accompagné les grandes idéologies totalitaires du 20e siècle.
Son mauvais livre « Comment peut-on être breton? » aura indéniablement été l’une des pires contributions de la vie intellectuelle bretonne, important en Bretagne les poncifs du misérabilisme tiers-mondiste des années 60 en les associant aux concepts politiques hérités de la Révolution française (contrat social, égalitarisme). Soucieux de ses cadavres personnels, Lebesque estimait que pontifier avec zèle dans la presse d’extrême-gauche sévissant en Bretagne était encore la meilleure sécurité personnelle. Il va ainsi jusqu’à paver dans son ouvrage la voie à l’idéologie immigrationnisme qui deviendra un élément-clef du discours de l’UDB à partir des années 1980. Ce livre, sans surprise, deviendra plus largement la référence du gauchisme régionaliste qui depuis lors s’efforce de promouvoir l’immigration massive en Bretagne et combat avec virulence les nationalistes bretons. C’est par ce genre d’escamotage que la gauche régionaliste (le « mouvament berton », sic) d’esprit français cherche à pasteuriser l’Emsav pour l’annexer aux idées de 1789.
Déconstruire les figures du multiracialisme de la gauche française est une entreprise essentielle pour les nationalistes bretons. Restaurer l’Emsav implique de veiller à sa cohérence idéologique première. C’est pourquoi il est impératif d’éliminer les scories gauchisantes que NHU (et la gauche régionaliste) propage au nom de l’antifascisme, tout en citant des personnes surfaites et louches dont le passé est un cruel désaveu des thèses cosmopolites qu’ils font leurs.
Résumons simplement : depuis 1789 en Bretagne, la gauche c’est la France et la France c’est la gauche. Tout ce qui promeut les idées de gauche en Bretagne permet à la France d’affirmer son influence délétère. Inversement, tout ce qui la réduit rend à Breizh sa sensibilité propre, donc sa volonté d’émancipation. Déconstruire Lebesque et son discours, c’est en finir avec 60 ans d’imposture et refaire du nationalisme breton une force cohérente et active, par opposition à un gauchisme d’inspiration hexagonale qui n’a pas sa place en Bretagne et qui n’est, au mieux, qu’un empoisonnement.
Ewen Broc’han
Recevez notre newsletter par e-mail !
