Le 29 avril 2026, lors d’une séance plénière du Parlement européen à Strasbourg, dans le cadre du débat sur la nouvelle loi chinoise relative à la « promotion de l’unité ethnique et du progrès » (accusée par plusieurs groupes politiques de renforcer la répression des identités ethniques, notamment au Xinjiang et en Mongolie intérieure), le député européen Tomasz Froelich (groupe ESN) est intervenu.
Dans son discours prononcé en allemand, il a questionné la crédibilité de l’Union européenne sur les questions de minorités nationales et d’assimilation culturelle. Il a notamment souligné que plusieurs États membres, en particulier la France, ont mené et continuent de mener des politiques d’assimilation linguistique et culturelle particulièrement répressive. Il a pris l’exemple de l’Alsace : il y a trois générations, environ 90 % de la population y parlait l’alsacien, une langue aujourd’hui en voie d’extinction. Il a également rappelé que la France n’a pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.
Le député Froelich a critiqué l’hypocrisie de l’UE, qui condamne la Chine tout en tolérant des pratiques similaires de la part de ses états-membres.
Im Elsass sprachen vor drei Generationen rund 90 Prozent der Bevölkerung Elsässisch – heute ist das eine aussterbende Sprache. Alles Folge der aggressiven sprachlichen Assimilationspolitik Frankreichs.
Anstatt sich um den Schutz nationaler Minderheiten auf dem eigenen Kontinent… pic.twitter.com/Yp3g7mWxEj
— Tomasz Froelich (@TomaszFroelich) May 12, 2026
Extraits :
Je suis en principe très sceptique lorsqu’il s’agit de s’immiscer dans les affaires d’autres États. En même temps, je ne fais pas non plus partie de ceux qui souhaitent des conditions chinoises en Europe, et la protection des minorités nationales est pour moi aussi une préoccupation très importante.
Néanmoins, et je vois cela de manière assez similaire à mon collègue Mulatschik, la question de notre propre crédibilité se pose dans ce débat.
Car de fait, une politique d’assimilation linguistique et culturelle a eu lieu et continue d’avoir lieu jusqu’à aujourd’hui dans certains États membres de l’Union européenne. Je pense ici par exemple — et le collègue français me contredira peut-être —, mais je pense effectivement aussi à la France. La France a misé, au nom de l’unité nationale, sur l’assimilation culturelle de différentes minorités. Jusqu’à aujourd’hui, la France n’a par exemple pas ratifié la Charte du Conseil de l’Europe sur les langues régionales ou minoritaires. Parce que nous sommes ici au Parlement européen — Strasbourg est le siège du Parlement —, dans la capitale de l’Alsace, environ 90 % de la population parlait l’alsacien il y a seulement trois générations. Aujourd’hui, c’est une langue en voie d’extinction. Et cela aussi est une conséquence de la politique d’assimilation linguistique française, que je ne souhaite pas évaluer ici dans le détail.
Les intervenants et les invités voient-ils, compte tenu de ce contexte, le danger d’un manque de crédibilité du côté de l’Union européenne ? Car honnêtement, si j’étais un représentant du Parti communiste chinois, je soulignerais exactement cela.
Les Bretons ne peuvent que saluer la justesse et le courage du député Tomasz Froelich. Ce qu’il dénonce n’est pas limité à l’Alsace : c’est le modèle français d’assimilation forcée, brutal et assumé, qui a été appliqué de la même manière en Bretagne, en Occitanie, en Corse, au Pays basque, en Flandre. Le breton, interdit à l’école pendant des décennies, frappé d’infamie, en est la preuve vivante. Alors que l’Union européenne se permet de donner des leçons de droits des peuples à la Chine, elle reste muette face à un État membre qui continue, encore aujourd’hui, d’interdire ou de marginaliser ses langues régionales sur son propre territoire.
Cette hypocrisie est sidérante. Très peu de députés européens osent la pointer du doigt, par crainte de froisser Paris. Tomasz Froelich fait partie de cette rare minorité qui refuse le deux poids, deux mesures. Pour les Bretons comme pour les Alsaciens ou les Corses, la question n’est pas théorique : nos langues meurent sous nos yeux, avec la complicité active ou passive des institutions européennes. Il est temps que cette hypocrisie cesse.
Budig Gourmaelon
Recevez notre newsletter par e-mail !
