Dans les annales glorieuses de la Bretagne, peu de figures rayonnent avec autant d’éclat que Salaün. Né vers 810-820, fils de Riwallon, comte de Poher et frère aîné de Nominoë, il incarne l’apogée de la puissance bretonne. Cousin d’Érispoë, il succède à ce dernier pour offrir à la Bretagne son règne le plus expansionniste, le plus majestueux et le plus affirmé face aux menaces franques et scandinaves. Salaün n’est pas seulement un roi : il est le défenseur intransigeant de l’indépendance bretonne, le bâtisseur d’un territoire immense et le protecteur du peuple breton face aux ambitions étrangères. Son œuvre, couronnée de titres royaux et de victoires, reste un phare pour tous les Bretons fiers de leur héritage.
L’ascension nécessaire au trône

En 857, alors que la Bretagne risquait de s’affaiblir sous l’influence croissante de la Francie occidentale, Salaün agit avec détermination pour préserver le legs politique de ses prédécesseurs. Érispoë, son cousin, s’était engagé dans un rapprochement diplomatique dangereux avec Charles le Chauve, envisageant même d’unir sa fille à Louis le Bègue et de céder des territoires stratégiques. Pour préserver l’intégrité et la souveraineté de la Bretagne, Salaün, appuyé par des nobles soucieux de l’indépendance bretonne, met fin à cette politique. Cet acte, loin d’être une simple usurpation, s’inscrit dans la logique impérieuse de la survie nationale. Salomon se couronne alors roi de Bretagne, inaugurant une ère de puissance et de rayonnement qui fera de la péninsule un royaume respecté et redouté. Dès cet instant, il s’affirme comme le digne héritier de Nominoë, poursuivant et amplifiant l’œuvre d’émancipation commencée une génération plus tôt.
Le titre royal et la reconnaissance impériale
Salaün ne se contente pas du pouvoir de fait. Avec une habileté diplomatique hors pair, il contraint l’empereur Charles le Chauve à reconnaître la royauté bretonne et porte la couronne d’or et le manteau de pourpre, symboles souverains qui élèvent la Bretagne au rang des monarchies européennes de l’époque. Dans les chartes et les récits contemporains, il apparaît comme « roi de toute la Bretagne et d’une partie notable de la Gaule ». Cette élévation n’est pas un simple ornement : elle consacre la dignité bretonne face à l’empire carolingien et affirme que les Bretons n’ont point besoin de se soumettre pour être reconnus. Salaün règne ainsi avec la majesté d’un souverain indépendant, entouré d’une cour brillante où évêques, comtes et abbés conseillent le monarque.
L’expansion territoriale maximale
Le génie de Salaün s’exprime pleinement dans l’extension du territoire breton à son apogée historique. Par une politique alliant force et négociation, il agrandit considérablement les frontières. En 863, le traité d’Entrammes lui concède le pays « entre deux rivières », s’étendant jusqu’au Maine et aux approches d’Angers. Quelques années plus tard, en 867, le traité de Compiègne lui attribue le Cotentin, l’Avranchin et les îles de la Manche. La Bretagne atteint alors son extension maximale, englobant des terres allant bien au-delà de la péninsule traditionnelle. Sous son sceptre, le royaume breton devient une puissance celtique continentale, contrôlant des marches stratégiques et affirmant sa présence jusqu’au cœur de ce qui est aujourd’hui la Normandie et l’Anjou. Cette expansion n’est pas une simple conquête : elle est le fruit d’une vision qui place la Bretagne au centre de l’ouest de l’ancienne Gaule, digne rivale des royaumes barbares francs.
La lutte victorieuse contre les Vikings

Face à la menace viking qui ravage les côtes et les vallées, Salaün se révèle également un stratège redoutable. Pendant plus de quinze ans, il combat ou manœuvre avec habileté contre les hommes du Nord. En 873, il apporte une contribution décisive au siège d’Angers. Par une manœuvre audacieuse – le détournement du cours de la Maine – il met à sec la flotte scandinave, privant les envahisseurs de tout moyen de fuite ou de ravitaillement. Cette victoire retentissante non seulement chasse les Vikings d’une position dangereuse, mais prouve la valeur militaire des Bretons. Salaün démontre ainsi que la Bretagne, loin d’être une proie passive, est capable de protéger ses frontières et de consolider sa propre sécurité. Sa ténacité face aux raids normands sauve des populations et des monastères, renforçant le prestige du souverain protecteur.
L’indépendance du siège épiscopal de Dol

Cathédrale de Dol
Salaün ne limite pas son action au temporel. Soucieux de l’indépendance spirituelle de son peuple, il milite avec vigueur pour l’indépendance du siège épiscopal de Dol. En cherchant à élever Dol au rang d’archevêché indépendant de Tours, et par là même de l’aristocratie franque, il affirme la particularité de l’Église bretonne et refuse la subordination pure et simple à la hiérarchie franque. Bien que Rome n’ait pas formellement accordé le pallium, son action pose les bases d’une identité religieuse propre, enracinée dans la tradition celtique. Cette démarche illustre la vision globale d’un roi qui comprend que la liberté politique doit s’accompagner de liberté spirituelle pour que la Bretagne demeure pleinement elle-même.
La fin héroïque et l’héritage immortel
En 874, après un règne de dix-sept années marquées par la grandeur, Salaün, touché par un profond sentiment d’expiation, se retire dans un monastère – à La Martyre ou à Langoëlan – pour vivre en pénitent. C’est là que la trahison le frappe : son gendre Pascweten, Gurwant et d’autres conjurés le livrent. Aveuglé et assassiné le 25 juin 874, il meurt en martyr. Le peuple breton et l’Église le reconnaissent bientôt comme saint, honoré le 25 juin. Sa mort tragique, acceptée dans l’humilité, couronne une vie de service à la Bretagne.
Reliques nationales
Reliques de Saint-Salomon à Pithiviers
Aujourd’hui, les reliques de Salaün qui ont survécu sont dispersées en plusieurs lieux. Le crâne (ou une partie importante de celui-ci) est conservé dans un reliquaire de la sacristie de l’église Saint-Salomon et Saint-Grégoire à Pithiviers (Loiret). Un reliquaire en argent du XVIe siècle, classé monument historique et dit de saint Salomon, se trouve toujours dans l’église Saint-Salomon de La Martyre (Finistère). Un fragment du crâne, authentifié en 1891, est conservé dans un reliquaire de la collégiale Saint-Aubin à Guérande (Loire-Atlantique). Enfin, à la cathédrale de Vannes (Morbihan), une portion du pariétal droit ainsi que de petites parcelles d’os, provenant de l’ancienne église Saint-Salomon détruite par les Français en 1793, sont placées dans un reliquaire en bronze doré.
Olier Kerdrel
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