La Cornouailles refusent sa dilution dans le Devon et revendique son identité nationale

La Cornouailles britannique entend préserver son unité institutionnelle face au Devon voisin. Le 24 septembre, Leigh Frost, dirigeant du Cornwall Council, a rejeté l’idée d’intégrer les deux territoires dans une même autorité stratégique dirigée par un responsable régional élu. Alors que le Devon poursuit son propre processus de dévolution, Frost a affirmé que la Cornouailles avançait avec son propre projet de « Strategic Authority », correspondant exclusivement au territoire cornouaillais.

Cette position s’appuie notamment sur un élément institutionnel important : les Cornouaillais sont officiellement reconnus comme minorité nationale par le gouvernement britannique depuis 2014. Le 24 avril 2014, Londres annonçait leur reconnaissance au titre de la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales du Conseil de l’Europe. Le gouvernement britannique précisait alors que les Cornouaillais bénéficieraient dans ce cadre du même statut que les autres peuples celtiques du Royaume-Uni — Écossais, Gallois et Irlandais.

La question dépasse donc largement celle d’un simple redécoupage administratif. La Cornouailles possède une identité historique, culturelle et linguistique particulière, aujourd’hui reconnue par les institutions britanniques. Le kernewek, ou cornique, appartient à la famille des langues celtiques brittoniques et fait actuellement l’objet d’une politique de revitalisation. Le Cornwall Council a notamment adopté une nouvelle stratégie linguistique pour la période 2026-2036 afin d’augmenter le nombre de locuteurs et la présence du cornique dans la vie quotidienne.

La question institutionnelle a franchi une nouvelle étape durant l’été 2026. En juillet, le Cornwall Council a approuvé le principe d’une « Foundation Strategic Authority » exclusivement cornouaillaise. Le principe est politiquement significatif : le périmètre retenu demeure celui de la seule Cornouailles. Le Cornwall Council exercerait lui-même les fonctions de cette autorité stratégique, sans création d’une structure commune avec les territoires voisins. Leigh Frost avait alors déclaré que cette décision garantissait un « Cornwall-only footprint for devolution », autrement dit un périmètre de dévolution propre à la Cornouailles.

Le refus exprimé en septembre d’une association institutionnelle avec le Devon s’inscrit directement dans cette logique. Pour les responsables cornouaillais favorables à cette orientation, les compétences transférées par Londres doivent être exercées à l’échelle de la Cornouailles plutôt que dans un ensemble territorial plus vaste où celle-ci risquerait de perdre sa spécificité.

Il faut néanmoins distinguer deux niveaux de reconnaissance. Le peuple cornouaillais est officiellement reconnu comme minorité nationale ; la Cornouailles n’est en revanche pas constitutionnellement reconnue comme une cinquième nation du Royaume-Uni comparable à l’Écosse ou au pays de Galles. Elle demeure institutionnellement intégrée à l’Angleterre et le Cornwall Council conserve juridiquement le statut d’une collectivité locale.

Mais cette situation est précisément contestée par une partie des institutions cornouaillaises. Le groupe de travail du Cornwall Council consacré à cette question porte désormais le nom de « Fifth Nation Members’ Working Group ». Parmi ses objectifs figure explicitement celui de poursuivre la reconnaissance de la Cornouailles comme « cinquième nation du Royaume-Uni », aux côtés de l’Angleterre, de l’Écosse, du pays de Galles et de l’Irlande du Nord.

Cette évolution possède une résonance particulière en Bretagne. Les deux péninsules appartiennent historiquement au même espace brittonique. Le breton et le cornique sont deux langues celtiques extrêmement proches appartenant à la branche brittonique, avec le gallois. 

La proximité est également géographique. Bretagne et Cornouailles se font face de part et d’autre de la Manche occidentale. Toutes deux constituent des péninsules tournées vers l’Atlantique, possèdent une forte tradition maritime et entretiennent depuis des siècles des relations humaines et commerciales.

Ces liens historiques ont aujourd’hui une traduction institutionnelle. Le 31 juillet 2026, à Lorient, le Cornwall Council et la « Région » Bretagne ont renouvelé leur accord de coopération. Celui-ci concerne notamment les langues et la culture, mais également les énergies marines renouvelables, les transports, le tourisme, la cybersécurité et les échanges entre jeunes. Leigh Frost a alors expliqué que la Cornouailles souhaitait maintenir des relations particulièrement fortes avec ses « fellow Celtic nations », ses homologues des autres nations celtiques.

La Cornouailles ne possède actuellement ni parlement ni gouvernement comparables à ceux de l’Écosse ou du pays de Galles. Mais l’évolution actuelle révèle une volonté institutionnelle plus large : transformer progressivement la reconnaissance culturelle et nationale des Cornouaillais en capacité politique propre à leur territoire. Dans cette perspective, le refus d’une structure commune avec le Devon prend une dimension symbolique importante. Il affirme un principe simple : la Cornouailles constitue un territoire distinct et les décisions concernant son avenir doivent, autant que possible, être prises en Cornouailles.

Pour la Bretagne et les autres nations celtiques, cette évolution mérite donc une attention particulière. À quelques centaines de kilomètres des côtes bretonnes, une autre péninsule brittonique tente progressivement de convertir la permanence de son identité historique, linguistique et culturelle en reconnaissance institutionnelle et en pouvoir politique concret.

Budig Gourmaelon

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By La rédaction

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