Comment, progressivement, les Bretons ne veulent plus être français (Éditorial)

Sur CNews, la journaliste d’origine bretonne Aziliz Le Corre a évoqué la question de son identité. Répondant à Pascal Praud, lui-même Breton originaire de Nantes, qui affirmait que si l’identité bretonne existe, « on est plus français que Breton », Aziliz Le Corre a répondu qu’elle n’en était pas certaine, ajoutant qu’elle se sentait « autant Bretonne que Française ». Elle a poursuivi en déclarant que, s’il est plus compliqué pour l’identité bretonne de se maintenir après que sa langue a été « massacrée » par l’État français, le sentiment breton continue de vivre et de s’exprimer de différentes façons. 

Nous voyons ici s’exprimer de plus en plus consciemment la raison de la ténacité de la nationalité bretonne, pourtant dépourvue d’un État en propre, et dont l’histoire et la langue restent interdites à tous les niveaux. Comme Aziliz Le Corre, de nombreux Bretons établis hors de Bretagne réalisent progressivement qu’ils ne sont pas uniquement des Français comme l’État français le leur a enseigné à l’école. C’est ce que l’on pourrait appeler la découverte de leur « double nationalité » : bretonne (ethniquement) et française (légalement).

Les Bretons vivant en Bretagne peuvent s’acclimater à cette double nationalité paradoxale sans trop d’efforts, puisqu’ils sont « chez eux » en Bretagne et qu’ils n’ont pas nécessairement à distinguer le fait d’être Breton au quotidien de leur nationalité administrative (française). Le choc culturel intervient lorsque les Bretons vivent hors de Bretagne, en particulier dans les grandes villes françaises, au contact de leurs « compatriotes » théoriques. Ce choc opérait déjà au XXe siècle, mais il est devenu systématique aujourd’hui, à une époque où les Français de souche européenne sont devenus minoritaires dans la plupart des grands centres urbains hexagonaux.

Les Bretons découvrent que l’identité française n’a plus de signification culturelle particulière dans une société multiraciale et multiethnique où les extra-Européens naturalisés forment de plus en plus les normes culturelles dominantes. L’assimilation que les Bretons ont été contraints d’accepter en échange de leur insertion sociale au sein de l’empire français n’a plus de sens à l’heure de la « Nouvelle France », où ce sont les derniers Français qui sont assimilés par les immigrés. 

C’est également vrai des Bretons vivant en Bretagne qui sont confrontés à l’immigration massive. Ils réalisent que la nationalité française n’est qu’une réalité légale qui n’a aucune dimension collective dans leur vie quotidienne. Cette nationalité de papier, partagée avec des inconnus du monde entier, ne répond pas à une question essentielle qui se pose aux Bretons lorsqu’ils sont isolés dans des villes cosmopolites : qui suis-je ? d’où viens-je ? où vais-je ? Ils redécouvrent alors leur appartenance réelle, charnelle : leur peuple, les Bretons, leur patrie, la Bretagne.

Cette petite Bretagne, qui a si longtemps souffert d’un sentiment d’infériorité face au triomphalisme français, n’est plus regardée par les Bretons comme une source de honte et un stigmate, mais au contraire comme une source de fierté et de réconfort dans une France qui se désintègre ethno-culturellement. Après avoir été méthodiquement réprimé par l’État français à partir du XIXe siècle, ce puissant retour du sentiment ethnique chez une part croissante des Bretons annonce une évolution notable du rapport des Bretons vis-à-vis de la France et de sa « nationalité ».

Certes, beaucoup de Bretons sont encore hésitants face à l’évolution aussi brutale que rapide de la France multiraciale, mais nous voyons bien s’affirmer une nouvelle conscience dans les esprits : un nombre toujours plus grand de Bretons ne se disent plus uniquement français, mais d’abord Bretons avant d’être français. Bien entendu, pour les nationalistes que nous sommes, il n’y a aucun bénéfice ni aucune logique à ce qu’un Breton se dise français, même superficiellement. La nationalité bretonne nous suffit et devrait suffire à chaque Breton. Mais cette dynamique qui traverse les masses bretonnes ne peut qu’aboutir à l’émergence d’une véritable conscience nationale où un nombre croissant de Bretons ne s’embarrasseront plus de se rattacher à la nationalité française, celle-ci ayant cessé d’avoir un sens quelconque pour notre peuple.

Ajoutons qu’en plus du véritable lavage de cerveau imposé par l’État français en Bretagne, de nombreux Bretons sont devenus loyalistes à la faveur d’expériences traumatisantes communes, et singulièrement les deux conflits mondiaux. En plus, bien sûr, d’une société de consommation qui standardise culturellement les masses bretonnes et les alignent sur le marché français, les prédisposant à être des consommateurs français. Pourtant, la rupture anthropologique induite par l’immigration de masse est si profonde qu’il est illusoire de croire que les Bretons continueront de s’identifier à un Hexagone où les extra-Européens seront majoritaires d’ici à 2060.

Ce retour des permanences historiques ne doit pas surprendre. La période de l’assimilation contrainte de la Bretagne à la culture « française » (parisienne) à partir de 1789 n’aura été qu’une parenthèse, relativement courte mais destructrice, dans l’histoire millénaire de notre nation. Par convenance ou habitude, des Bretons vont encore, pour quelque temps, tenter de concilier confusément nationalité bretonne et nationalité française. Mais la réalité démographique se charge déjà de les placer devant l’évidence énoncée par Olier Mordrel : français qui veut, Breton qui peut. La Bretagne, leur patrie, attend le retour du fils prodigue et demain, comme jadis, la Bretagne sera notre refuge et notre bouclier.

C’est ici que l’Emsav doit remplir sa tâche historique, car ces Bretons ont besoin d’une sage-femme pour accoucher de cette conscience nationale nouvelle. Les nationalistes doivent plus que jamais s’y employer.

Budig Gourmaelon

 

 

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By La rédaction

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