Erwan Berthou est né le 4 septembre 1861 à Pleubian (Côtes-d’Armor) – mort fin janvier 1933 (dates rapportées : 27, 29 ou 30) à Pleubian. Issu d’un milieu rural du Trégor, il étudie au petit séminaire de Tréguier (1873-1876) puis au collège de Lannion (1876-1877).
Il s’engage cinq ans dans la Marine française et voyage aux Antilles, en Afrique et en Chine. De retour, il travaille comme dessinateur puis sous-ingénieur/ingénieur dans la construction navale et mécanique : aux Forges et Chantiers de la Méditerranée au Havre, à Rochefort (1892), de nouveau au Havre (fin 1896), puis à Paris (1898, Établissements Niclausse). Le 12 juin 1892, il épouse au Havre Élisa Anatalie Mézeray (née à Honfleur, d’origine bretonne).
Vers 1917-1918, il prend sa retraite et revient à Pleubian pour reprendre la ferme familiale. Ses dernières années sont marquées par la misère extrême (vente du mobilier, de la bibliothèque et de la maison) ; il meurt de froid. Des collectes sont organisées dans l’Emsav pour le soutenir.
Engagement breton et néo-druidique
À partir de 1898, il s’engage dans l’Emsav (Morlaix) et devient membre (et co-fondateur) de l’Union régionaliste bretonne. En 1899, il fait partie des vingt-deux Bretons reçus au Gorsedd gallois à Cardiff. Il participe à toutes les étapes de la fondation de la Gorsedd de Bretagne (Goursez Breizh, 1900). D’abord sous le nom bardique Alc’houeder Treger (« Alouette du Trégor »), il est élu grand-druide (Archi-Druide) vers 1903-1904 en remplacement de Jean Le Fustec et adopte le pseudonyme Kaledvoulc’h (nom breton d’Excalibur). Il préside le collège des bardes jusqu’à sa mort et collabore à la presse régionaliste ainsi qu’épisodiquement à Brug d’Émile Masson. Il dirige aussi le Ti Kaniri Breiz (Maison du chant de Bretagne).
Nature de l’œuvre
L’œuvre de Berthou est bilingue (français et breton), abondante et duale : d’abord lyrique et terrienne en français, elle bascule ensuite vers un engagement militant et mystique en breton. Première période (années 1890) : poésie française de facture traditionnelle, teintée de régionalisme sentimental, de catholicisme et de lyrisme provincial (Cœur breton, La Lande fleurie, ballades, poèmes dramatiques).
Période bardique et nationaliste (à partir de 1900) : poésie et prose en breton fortement imprégnées de panthéisme, de celtomanie et de néo-druidisme mystique. Il célèbre la nature, la langue, l’identité armoricaine et développe une vision initiatique de l’âme et de l’évolution spirituelle (cercles d’existence Abred, Gwynvyd, etc.).
Œuvres didactiques et polémiques : traité de versification bretonne (Kevrin Barzed Breiz, 1912), traduction et adaptation des Triades des Bardes de l’île de Bretagne (1906, avec Le Fustec, texte fondateur du néo-druidisme breton), textes ethnographiques sur le Trégor (En Bro-Dreger a-dreuz parkoù), pamphlets (Les Vessies pour des Lanternes, 1913) et recueils nationalistes parfois très hostiles à la centralisation française (Dre an delen hag ar c’horn-boud / Par la harpe et par le cor de guerre, 1904).
Sa conception du néo-druidisme est mystique et évolutive : l’homme traverse des cycles de transformations pour atteindre un état de pureté spirituelle (« Monde de la Blancheur »). L’écriture mêle lyrisme, doctrine, propagande culturelle et défense de la langue.
Postérité
Plusieurs rues de Bretagne portent son nom (dont à Pleubian, Lannion, Tréguier…). Un fonds d’archives important (correspondance, textes, documents sur la Gorsedd) est conservé à la Bibliothèque Yves Le Gallo du Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC, Brest), avec une partie numérisée. Des biographies lui ont été consacrées, notamment par Thierry Châtel et Philippe Le Stum.
Berthou reste une figure charnière entre le régionalisme littéraire de la fin du XIXe siècle et le néo-druidisme militant du début du XXe qui aboutira finalement à l’émergence du nationalisme breton en 1911.
Olier Kerdrel
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