Constance de Bretagne naît vers 1161. Elle est la fille de Conan IV, souverain de Bretagne, et de Marguerite d’Écosse, elle-même fille du prince Henri d’Écosse. Héritière de la maison régnante bretonne, Constance se trouve dès son enfance au centre des ambitions des Plantagenêts, dont l’empire s’étend alors de l’Écosse aux Pyrénées et constitue l’une des principales puissances politiques d’Europe occidentale.
En 1166, sous la pression du roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, Conan IV abdique en faveur de sa fille. Constance devient ainsi souveraine de Bretagne alors qu’elle n’est encore qu’une enfant. Henri II prend cependant le contrôle effectif du pays et organise les fiançailles de Constance avec son fils Geoffroy Plantagenêt. Le mariage, célébré en 1181, permet à Geoffroy d’exercer le pouvoir aux côtés de Constance. La Bretagne entre ainsi directement dans les luttes dynastiques de l’immense ensemble Plantagenêt.
La mort de Geoffroy et la question de la succession
La situation change brutalement lorsque Geoffroy meurt à Paris en 1186, à seulement vingt-sept ans. Constance se retrouve veuve avec plusieurs enfants, parmi lesquels Arthur, né après la mort de son père. Arthur de Bretagne devient bientôt un personnage essentiel de la politique européenne : par son père Geoffroy, il est le petit-fils d’Henri II d’Angleterre et peut donc revendiquer l’héritage Plantagenêt face à son oncle Jean sans Terre.
Constance cherche alors à préserver les intérêts de son fils mais également son propre pouvoir en Bretagne. Ses rapports avec Richard Cœur de Lion deviennent particulièrement difficiles. Le roi d’Angleterre entend maintenir la Bretagne dans l’orbite Plantagenêt et contrôler Arthur, tandis que Constance cherche à conserver une marge de manœuvre. En 1196, les barons bretons reconnaissent Arthur comme héritier du trône de Bretagne sous la tutelle de sa mère. Richard réagit en cherchant à s’emparer du jeune prince.
Constance contre Richard Cœur de Lion
La confrontation devient ouverte. Constance fait mettre Arthur en sécurité. Richard Cœur de Lion fait alors enlever Constance en 1196 par son second mari, Ranulf de Blondeville, comte de Chester, et la maintient prisonnière. L’aristocratie bretonne réagit vigoureusement à sa captivité et la situation provoque une révolte contre l’influence Plantagenêt. Constance retrouve finalement la liberté en 1198.
Après la mort de Richard Cœur de Lion en 1199, la lutte pour la succession Plantagenêt oppose Jean sans Terre à Arthur de Bretagne. Pour une partie des possessions continentales des Plantagenêts, Arthur peut invoquer un droit dynastique puissant : il est le fils du frère aîné de Jean. La Bretagne soutient naturellement son jeune souverain, tandis que Philippe Auguste utilise également sa candidature dans sa lutte contre le roi d’Angleterre.
La mort de Constance et le destin tragique d’Arthur
Constance ne verra cependant pas l’issue dramatique de cette confrontation. Elle meurt à Nantes au début de septembre 1201, probablement le 3 ou le 4 septembre, âgée d’environ quarante ans. Les circonstances exactes de sa mort demeurent incertaines. Elle est inhumée à l’abbaye de Villeneuve, près de Nantes.
Son fils Arthur poursuit alors la lutte. Capturé par les forces de Jean sans Terre à Mirebeau en 1202, il disparaît l’année suivante, probablement assassiné sur ordre de son oncle ou directement de sa main, même si les circonstances précises de sa mort restent inconnues. Sa disparition contribue puissamment à retourner les seigneurs continentaux contre Jean et précède l’effondrement d’une grande partie de l’empire continental des Plantagenêts.
Constance, incarnation de la résistance politique bretonne
Constance occupe ainsi une place particulière dans l’histoire bretonne. Héritière du trône de Bretagne dans une période où celui-ci était convoité par l’une des dynasties les plus puissantes d’Europe, elle passa une grande partie de son existence à tenter de préserver les droits de la dynastie conanienne et ceux de son fils au milieu de l’affrontement entre Plantagenêts et Capétiens. Sa captivité et la réaction des barons bretons montrent également qu’à la fin du XIIe siècle la Bretagne constituait un État suffisamment structuré pour résister aux interventions directes du souverain anglais.
Son règne appartient finalement à l’un des moments les plus dramatiques de l’histoire médiévale bretonne : celui où le destin de la Bretagne, celui de l’empire Plantagenêt et celui de la monarchie anglaise se trouvèrent momentanément liés autour d’une même femme et de son fils. Constance mourut avant d’en connaître le dénouement, mais la lutte qu’elle mena pour conserver son autorité et protéger les droits d’Arthur en fit l’une des grandes figures politiques de la Bretagne médiévale.
Arthur et l’effacement de la royauté bretonne
Arthur est, par Constance, l’héritier d’une lignée souveraine remontant aux rois de Bretagne. La qualification de « duc » que lui attribuent nombre de sources médiévales doit cependant être replacée dans son contexte documentaire : une partie importante de notre information provient de traditions diplomatiques ou chronistiques extérieures à la Bretagne, notamment franques et anglo-normandes, qui décrivent nécessairement le pouvoir breton à travers leurs propres catégories politiques et féodales. Leur vocabulaire ne saurait donc, à lui seul, démontrer qu’une renonciation bretonne formelle à l’ancienne dignité royale avait eu lieu.
Son rapprochement avec Philippe Auguste prend précisément dans cette perspective une importance particulière. En recherchant contre Jean sans Terre l’appui du Capétien et en entrant dans une relation d’hommage avec lui, Arthur inscrit sa politique dans l’ordre féodal dominé par les grandes monarchies voisines. On peut y voir symboliquement une étape majeure de l’effacement de la royale bretonne ; on ne peut toutefois présenter, sans source explicite, cet hommage comme l’acte juridique par lequel Arthur aurait formellement abdiqué le titre royal.
Olier Kerdrel
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