Le parlement national gallois vote une loi majeure pour intensifier la transmission de la langue celtique

Un article publié par la BBC le 14 mai 2025 met en lumière une avancée décisive pour la langue galloise, offrant une source d’inspiration directe pour le combat linguistique breton. Le Senedd, parlement national gallois, a adopté un projet de loi qualifié d’« historique » par l’ancien Premier ministre Mark Drakeford, visant à faire de chaque enfant scolarisé au Pays de Galles un locuteur « indépendant et confiant » du gallois d’ici la fin de son parcours obligatoire.

Cette réforme ambitionne non seulement de renforcer la maîtrise de la langue celtique, mais aussi d’ouvrir des opportunités professionnelles et culturelles, ancrant le gallois comme un pilier de l’identité nationale. Actuellement, environ 23 % des élèves gallois reçoivent un enseignement en langue galloise, mais l’article souligne une stagnation des progrès au cours de la dernière décennie, un point critiqué par Plaid Cymru. Ce parti nationaliste insiste sur l’efficacité de l’éducation immersive, où les enfants apprennent majoritairement en gallois, pour former des locuteurs fluides capables de transmettre la langue à la génération suivante.

Ce succès gallois s’appuie sur des décennies de militantisme et de politiques linguistiques audacieuses. Depuis la loi sur la langue galloise de 1993, qui consacre l’égalité entre gallois et anglais dans l’administration et l’éducation, le Pays de Galles a bâti un écosystème linguistique robuste. L’enseignement du gallois est obligatoire jusqu’à 16 ans, la signalétique bilingue est omniprésente, et des institutions comme la chaîne de télévision S4C ou BBC Radio Cymru soutiennent la langue dans la sphère publique et culturelle. Avec environ 700 000 locuteurs, soit un quart de la population galloise, le gallois illustre qu’une langue celtique peut non seulement survivre, mais prospérer dans un contexte moderne. Les investissements, comme les 24 millions de livres injectés en 2019 pour un nouveau programme scolaire, témoignent d’une volonté politique forte, soutenue par une autonomie institutionnelle que le Pays de Galles a su conquérir.

Pour la Bretagne, ce modèle est une leçon et un défi. Le breton, langue celtique cousine du gallois, a vu son nombre de locuteurs chuter dramatiquement, passant de 1,2 million en 1930 à environ 207 000 en 2018, puis à 107 000 en 2024 selon les estimations. Cette érosion est largement attribuée à la politique de l’État français, qui, depuis la Révolution, vise à détruire la langue bretonne pour franciser le peuple breton. Malgré des initiatives comme les écoles immersives Diwan, créées en 1977, ou les actions militantes de Stourm ar Brezhoneg (SAB) dans les années 1980, la transmission intergénérationnelle du breton reste fragile. SAB, inspiré par le mouvement gallois Cymdeithas yr Iaith Gymraeg, a marqué l’histoire bretonne par des actions directes, comme la destruction de panneaux monolingues pour imposer une signalétique bilingue breton-français. Ces efforts ont permis des avancées, mais les restrictions imposées par l’État français, notamment sur l’enseignement immersif, et le manque de pouvoir du Conseil régional limitent l’ampleur de la revitalisation.

Le contraste entre les deux nations celtiques est frappant. Là où le Pays de Galles bénéficie d’un parlement national autonome capable de légiférer pour sa langue, la Bretagne reste dépendante d’un État étranger, centralisé et hostile, qui freine ses ambitions linguistiques. L’exemple gallois montre qu’une langue peut devenir un moteur d’identité nationale lorsque des institutions fortes s’engagent à ses côtés. La généralisation de l’enseignement immersif, la création de médias en langue bretonne, à l’image de S4C, ou encore l’adoption systématique de la signalétique bilingue pourraient transformer la visibilité et l’usage du breton au quotidien. Plus encore, une autonomie politique accrue permettrait à la Bretagne de concevoir une politique linguistique ambitieuse, libérée des contraintes parisiennes.

En Bretagne, où l’identité celtique reste un ferment puissant, s’inspirer du modèle gallois signifie exiger un enseignement immersif accessible à tous, une présence accrue du breton dans l’espace public et une reconnaissance politique de la langue comme socle de la nation bretonne. Le combat pour le breton n’est pas qu’une question linguistique : il est culturel, identitaire et politique. Comme le gallois redessine l’avenir du Pays de Galles, le breton peut redevenir le cœur battant de la Bretagne, à condition d’une mobilisation sans faille.

Riwanon Tudual

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By La rédaction

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