L’Espagne réclame la reconnaissance du basque et du catalan par l’UE : un exemple pour la Bretagne

Le 27 mai 2025, lors d’une réunion des ministres des Affaires européennes à Bruxelles, l’Espagne a de nouveau plaidé pour la reconnaissance du catalan, du basque et du galicien comme langues officielles de l’Union européenne (UE). Cette démarche, portée par le gouvernement de Pedro Sánchez, vise à intégrer ces langues, déjà co-officielles en Espagne, aux 24 langues officielles de l’UE. Face à cette ambition, l’UE a temporisé, renvoyant la question à un groupe de travail pour des analyses juridiques et financières. Ce débat, rapporté dans Le Figaro le même jour, met en lumière les tensions autour de la diversité linguistique en Europe et interroge la place des langues d’Europe, comme le breton, dans le projet politique et institutionnel européen. Pour la Bretagne, nation historique occupée par l’État français, cette actualité est une occasion de raviver la lutte pour la reconnaissance de sa langue et de son identité.

L’Espagne, un miroir pour la Bretagne

Depuis l’effondrement du franquisme, dans les années 1970, l’Espagne défend les langues ibériques avec une détermination qui contraste avec l’opposition frontale de l’État français. Le catalan, parlé par environ 10 millions de personnes, le basque et le galicien bénéficient d’un statut co-officiel dans leurs régions respectives, inscrit dans la Constitution espagnole de 1978. Cette légitimité juridique, combinée à un poids démographique comparable à des langues officielles comme le suédois, donne à l’Espagne des arguments solides pour exiger leur reconnaissance européenne. Pourtant, la proposition se heurte à des obstacles : un coût estimé entre 44 et 132 millions d’euros par an pour les traductions et interprétations, la nécessité d’une unanimité des 27 États membres, et la crainte d’un « effet domino » qui ouvrirait la porte à d’autres langues européennes non-reconnues par certains États, comme le breton ou le corse.

La France, par la voix de son ministre Benjamin Haddad, a exprimé des réserves, demandant une analyse approfondie des implications juridiques et financières. Cette prudence reflète une peur bien française : celle de voir les langues en usage sur les territoires administrés par la France, reléguées au rang de « patrimoine culturel » par la Constitution (article 75-1), revendiquer un statut de co-officialité similaire. Le breton, parlé par environ 107 000 personnes selon les estimations récentes, est au cœur de cette tension. Contrairement au catalan, il n’a aucun statut officiel en France, où l’article 2 de la Constitution consacre le français comme seule langue de la République. Cette marginalisation, héritée d’une tradition d’éradication vieille de deux siècles, est une entrave à toute ambition européenne pour le breton.

Une nation bretonne en quête de voix

La demande espagnole est un rappel cinglant pour les Bretons : une langue n’est pas qu’un outil de communication, c’est le souffle d’une nation. Comme nous l’affirmions précédemment, la Bretagne n’est pas une simple région, mais une réalité vivante, portée par la volonté de son peuple. Le breton, bien que fragilisé par des décennies d’assimilation, reste un pilier de cette identité nationale. Chaque locuteur, chaque école Diwan, chaque prénom breton donné à un enfant est un acte de résistance contre l’amnésie collective imposée par l’État français à la Bretagne. Mais pour que le breton aspire à une reconnaissance européenne, il faut plus qu’une résistance culturelle : il faut une mobilisation politique.

L’exemple de l’irlandais, langue officielle de l’UE depuis 2007, est instructif. Bien que parlé par une minorité, l’irlandais a bénéficié du statut d’État souverain de l’Irlande pour accéder à ce rang. La Bretagne, privée de souveraineté, doit s’appuyer sur d’autres leviers : la solidarité celtique avec l’Écosse, le Pays de Galles ou l’Irlande, et une pression accrue sur la France pour reconnaître officiellement le breton. L’inscription récente du breton au patrimoine immatériel de l’Unesco, bien que symbolique, est un premier pas. Mais sans un statut officiel en France, comparable à celui des langues espagnoles, la reconnaissance européenne reste hors de portée.

La France, rempart contre la diversité linguistique

La position française, telle que rapportée dans Le Figaro, est révélatrice d’un malaise. En demandant des garanties juridiques et financières, l’État français cherche à éviter un précédent qui pourrait réveiller les revendications de ses nations historiques et la contraindre à reconnaître des demandes similaires pour le breton, le corse ou l’alsacien, menaçant l’unité linguistique factice de l’Hexagone. Cette peur est une opportunité pour les Bretons. Elle montre que notre langue, bien que minorisée, est perçue comme une force capable de défier l’hégémonie française.

L’État français, en freinant la reconnaissance des langues parlées au sein de l’UE, trahit une vision franco-française de l’Europe, où l’étatisme hexagonal prime sur l’Europe réelle et ses peuples. Pourtant, l’Europe devrait être celle des nations, où des peuples comme les Bretons, les Catalans ou les Basques peuvent faire entendre leur voix. La demande espagnole, même si elle n’aboutit pas immédiatement, ouvre une brèche : elle prouve qu’un État peut défendre ses langues sur la scène européenne. La Bretagne doit s’en inspirer, non pour imiter servilement, mais pour forger son propre chemin.

Un appel à l’action bretonne

La reconnaissance du breton par l’UE est un objectif ambitieux, mais réalisable à long terme, à condition que les Bretons eux-mêmes s’en saisissent. Cela passe par des actes concrets : renforcer l’enseignement bilingue, exiger un statut officiel pour le breton en France, et tisser des alliances avec d’autres peuples celtiques. La Celtie, cette communauté spirituelle et culturelle évoquée dans notre précédent texte, peut être un levier pour porter la voix bretonne à Bruxelles. L’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande, unis par un héritage commun, sont des alliés naturels dans ce combat.

Le débat lancé par l’Espagne est une occasion pour la Bretagne de réaffirmer sa volonté d’exister. La reconnaissance européenne du breton ne viendra pas de la bienveillance de l’État français, ni de l’UE ; elle naîtra de la persévérance d’un peuple qui refuse de plier. À l’image des Catalans, des Basques et des Galiciens, les Bretons doivent faire entendre leur voix, non comme une région périphérique, mais comme une nation digne de l’Europe des peuples.

Budig Gourmaelon

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By La rédaction

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