Émile Jean Marie Ernault, né le 24 juillet 1852 à Sant-Brieg (Saint-Brieuc), est un linguiste et écrivain breton, figure majeure du renouveau culturel breton. Issu d’une famille non bretonnante, il se passionne tôt pour la langue et la culture bretonnes. Il effectue ses études primaires et secondaires au Collège Saint-Charles de Sant-Brieg, puis obtient une licence de lettres à l’Université de Roazhon (Rennes). Après avoir enseigné l’anglais et l’allemand, il reçoit en 1882 une bourse pour étudier les langues celtiques à Paris, où il devient l’élève des éminents celtistes Henri Gaidoz et Henri d’Arbois de Jubainville à l’École des hautes études en sciences sociales. En 1886, il soutient une thèse intitulée Le Parfait en grec et en latin et est nommé professeur de langues et littératures classiques (latin et grec) à l’Université de Poitiers, où il obtient l’autorisation de dispenser un cours libre de langues celtiques.
Carrière académique et engagement breton
Non bretonnant de naissance, Ernault apprend le breton, se concentrant d’abord sur le dialecte du Trégor, puis sur le vannetais. En 1908, il cofonde avec le grammairien François Vallée l’Entente des écrivains bretons, prônant une orthographe unifiée du breton basée sur celle du Léon, perfectionnée par Le Gonidec. Investi comme barde sous le nom de « Barz ar Gouet » (Le Barde du Gouët) au Gorsedd de Bretagne, il devient également président de l’Académie bretonne. Après avoir échoué à succéder à d’Arbois de Jubainville à la chaire de celtique de Paris en 1910, il prend sa retraite en 1918 à Sant-Brieg, où il s’engage activement dans la Société d’émulation des Côtes-du-Nord.
Contributions à la langue et à la culture bretonne
Ernault est reconnu pour ses travaux de linguistique qui dotent le breton d’outils modernes d’enseignement. Il publie des dictionnaires, grammaires et études philologiques, notamment Dictionnaire breton-français du dialecte de Vannes (1904, réédité en 1919) et Glossaire moyen-breton (1895). Ses recherches sur les dialectes bretons, comme ceux du Trégor, du Goëlo et de Sarzeau, paraissent dans des revues prestigieuses (Revue celtique, Annales de Bretagne). Il contribue également au Grand Dictionnaire français-breton de François Vallée (1931) et publie des poèmes et fables bilingues, tels que Gwerziou Barz ar Gouet (1903) et Mojennou brezonek koz ha neve (1937). Ses travaux incluent des traductions annotées, comme Le Mirouer de la mort (1914), un poème breton du XVIe siècle.
Héritage et reconnaissance
Ernault consacre sa vie à la préservation de la langue bretonne, collectant chants populaires, proverbes et expressions, notamment dans le Trégor et le Goëlo. Ses publications, souvent rééditées par des linguistes comme Gwennole Le Menn, restent des références. Malgré une santé fragile à la fin de sa vie, marquée par le décès de sa fille aînée, il travaille jusqu’à ses derniers jours, publiant un compte rendu pour les Annales de Bretagne peu avant sa mort le 6 janvier 1938 à Saint-Brieuc, à l’âge de 85 ans. Son œuvre demeure un pilier du patrimoine linguistique et culturel breton.
Olier Kerdrel
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