Le 1er septembre 2025, une pétition réclamant la reconnaissance de la Cornouaille (Kernow) comme cinquième nation du Royaume-Uni a franchi un cap symbolique en dépassant les 20 000 signatures. Ce chiffre résonne avec l’hymne cornique Trelawny, dont le vers célèbre, « Et voici vingt mille Corniques qui sauront pourquoi », incarne l’esprit indépendant et fier de ce peuple celte. Cette mobilisation, portée par une motion du Conseil de Cornouaille et soutenue par un élan populaire croissant, illustre une aspiration profonde à une reconnaissance officielle, comparable à celle du Pays de Galles, de l’Écosse ou de l’Irlande du Nord. Pour nous, Bretons, cette lutte fait écho à notre propre combat pour la préservation de notre nationalité.
Une revendication ancrée dans une identité forte
La pétition, lancée par Louis Richards sur le site officiel du Parlement britannique, demande au gouvernement de Westminster de reconnaître officiellement la Cornouaille comme une nation à part entière, avec des pouvoirs dévolus, la préservation de sa culture et la reconnaissance de son patrimoine distinct, notamment sa langue, le Kernewek. Elle s’appuie sur une motion adoptée le 22 juillet 2025 par le Conseil de Cornouaille, sous l’impulsion du conseiller Dick Cole, leader du parti Mebyon Kernow (Fils de Cornouaille). Avec 53 voix pour, 22 contre et deux abstentions, cette motion marque une étape majeure dans la quête de reconnaissance nationale.
Le leader du Conseil, le libéral-démocrate Leigh Frost, a déclaré lors de son discours State of Cornwall in the National Context : « Une nation, ce n’est pas seulement une frontière ou un drapeau. C’est un peuple, une voix, une histoire partagée et un objectif commun. La Cornouaille a tout cela et bien plus encore. » Ces mots résonnent avec force pour les nationalistes bretons, qui partagent avec les Corniques une histoire celtique commune, marquée par une langue, une culture et une résistance face à l’assimilation.
Un élan populaire et un symbole historique
Le seuil des 20 000 signatures, atteint le 1er septembre, est particulièrement significatif. Il fait référence à l’hymne Trelawny, écrit en 1824 par le révérend Stephen Hawker pour commémorer la révolte de 1688, lorsque des Corniques marchèrent sur Londres pour exiger la libération de Sir Jonathan Trelawny, emprisonné pour son opposition aux politiques religieuses du roi Jacques II. Ce symbole d’unité et de résistance, résumé par la devise cornique Onen hag Oll (« Un et tous »), continue d’inspirer les Corniques aujourd’hui.
La pétition, qui a déjà dépassé les 10 000 signatures nécessaires pour obtenir une réponse officielle du gouvernement britannique, vise désormais les 100 000 signatures d’ici le 11 septembre 2025, afin de provoquer un débat au Parlement. Avec 21 218 signatures au 2 septembre, la dynamique est forte, portée par des décennies de campagnes pour la reconnaissance de l’identité cornique, déjà reconnue comme minorité nationale depuis 2014.
Une lutte pour l’autonomie
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de frustration face à la centralisation des décisions à Londres. Comme le souligne le conseiller Frost, « trop souvent, les décisions affectant la Cornouaille sont prises sans les voix corniques à la table. » Les défis socio-économiques, tels que les bas salaires, la crise du logement et l’exode des jeunes familles, renforcent l’urgence d’une dévolution accrue. La Cornouaille, avec ses 580 000 habitants, aspire à contrôler ses propres services publics, ses investissements économiques et ses politiques en matière de logement et de transport.
Le parallèle avec la Bretagne est frappant. Tout comme les Corniques, les Bretons luttent pour leur liberté national face à un État étranger qui marginalise les nations qu’il occupe. La reconnaissance de la Cornouaille comme nation pourrait ouvrir la voie à une dévolution similaire à celle du Pays de Galles ou de l’Écosse, avec des pouvoirs accrus pour préserver la langue Kernewek et promouvoir un développement économique durable, notamment via l’exploitation du lithium et le tourisme.
Opposition des nostalgiques de l’empire britannique
Cependant, des résistances existent. Les élus du parti Reform UK, majoritaires au Conseil de Cornouaille, ont exprimé leur opposition à une dévolution complète, arguant qu’elle nécessiterait un large consensus populaire. De même, certains élus, comme Anna Gelderd, députée travailliste, appellent à la prudence, préférant se concentrer sur des améliorations concrètes des services publics. Ces débats rappellent ceux qui agitent la Bretagne, où les aspirations nationalistes se heurtent à l’opposition des partis parisiens.
Vers un avenir fédéral ?
Certains observateurs proposent une refonte fédérale du Royaume-Uni, incluant la Cornouaille, le Pays de Galles, l’Écosse, et même l’Île de Man, souvent oubliée. Une telle structure pourrait également résoudre des tensions, comme celles en Irlande du Nord. En Bretagne, où les appels à l’autonomie se multiplient, cette idée d’un modèle fédéral résonne avec notre propre vision d’une Europe des peuples, où chaque nation, quelle que soit sa taille, aurait une voix.
Budig Gourmaelon
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