Le 30 septembre 1923, première élection des Reines de Cornouaille

Le 30 septembre 1923 marque un moment de l’histoire culturelle de la Bretagne, alors que le pays, bien qu’annexé par la France depuis l’édit de 1532, continuait de nourrir un fort sentiment d’identité ethno-culturelle. Ce jour-là, à Kemper (Quimper), la première Fête des Reines de Cornouaille fut organisée, un événement qui deviendra plus tard le célèbre Festival de Cornouaille. Cette célébration, ancrée dans le renouveau de l’Emsav des années 1920 sous l’impulsion des nationalistes, illustre l’aspiration à préserver et promouvoir l’héritage celtique, linguistique et historique de la Bretagne, dans un contexte où l’État français imposait une centralisation culturelle et linguistique. C’est dans ce climat que naît la Fête des Reines de Cornouaille, conçue comme une célébration des traditions et de l’histoire bretonnes, notamment celle de la Cornouaille (Kerne), une des régions historiques de la nation.

Lena Kersual, Beuzec-Cap-Sizun, reine de Cornouaille 2025

Lors de la Première Guerre mondiale, beaucoup de Bretons étaient partis au combat en costume traditionnel avant de revenir en civil. Pour les femmes restées au pays et les Cornouaillais, il ne fallait pas perdre la tradition. Louis Le Bourhis, après avoir invité à l’inauguration de son cinéma l’Odet-Palace à Kemper quatre « Reines » des villes voisines en décembre 1922, décide de créer, avec l’appui des commerçants et de la mairie, une fête des Reines de Cornouaille, malgré l’opposition de l’Église catholique.

La première a lieu le 30 septembre 1923 sous le nom de « Fêtes Bretonnes de Bienfaisance ». Elle est en effet au profit des mutilés de guerre bretons, car la Première Guerre mondiale est encore très présente dans les esprits. Certaines grandes figures des fêtes de l’entre-deux-guerres apparaissent déjà dans le cortège qui démarre de l’arrivée des reines à la gare au cinéma, dont les « bardes bretons » Botrel, Gourvil et Jaffrennou.

Camille Plouzennec 2ème demoiselle 2024, Ar Vro Vigoudenn – PONT-L’ABBÉ 

Un acteur clé de cette première édition est François Jaffrennou, connu sous son nom bardique Taldir, père de l’hymne national breton, dont la présence et l’influence marquent profondément l’événement. Né le 15 mars 1879 à Carnoët (Côtes-d’Armor), Jaffrennou est une figure emblématique de l’Emsav. Poète, écrivain, imprimeur, journaliste et militant, il consacre sa vie à la défense de la langue et de la culture bretonnes. Dès 1898, il cofonde l’Union Régionaliste Bretonne, une organisation visant à promouvoir l’identité bretonne, et devient un membre actif du Gorsedd de Bretagne, un cercle bardique inspiré des traditions celtiques et druidiques, qu’il contribue à établir en 1900. En tant qu’invité de la Fête des Reines, Jaffrennou joue un rôle crucial dans la mise en scène de l’événement.

Joséphine Pennarun, du cercle celtique de Combrit, élue Reine de Cornouaille 2021

Le 30 septembre 1923, Quimper, cœur de la Cornouaille bretonne, s’anime d’une ferveur populaire. Des milliers de participants affluent pour assister à la procession des « reines », élues pour représenter les valeurs et la beauté de la Bretagne. La candidate choisie, parée d’un costume traditionnel, symbolise non seulement la région de Cornouaille, mais aussi l’esprit d’une Bretagne fière de sa culture ethnique. Cette première édition, bien que modeste par rapport aux standards actuels, pose les bases d’une tradition durable. Aujourd’hui, ce festival attire plus de 300 000 visiteurs et reste un moment marquant de la culture bretonne.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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