La langue cornouaillaise sera reconnue à égalité avec le gallois par le gouvernement britannique

Dans un tweet jubilatoire publié hier par le Cornwall Council, l’annonce a été faite : après des années de militantisme acharné, la langue cornique (Kernewek) va enfin bénéficier du statut Part III de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Ce niveau de protection, équivalent à celui accordé au gallois, au gaélique écossais et au gaélique irlandais, marque une étape décisive pour la sauvegarde de cette langue celtique revivifiée au sud-ouest de l’Angleterre.

Le message du Cornwall Council, accompagné d’une vidéo où un responsable cornouaillais explique l’importance de cette avancée, ne laisse place à aucun doute : « Après des années de dur labeur, la langue cornique sera dotée du statut Part III, ce qui signifie qu’elle sera reconnue et protégée au même niveau que le gallois, l’écossais et l’irlandais gaélique ! » Cette recommandation du gouvernement britannique, confirmée cette semaine, intègre officiellement le cornique dans le panier des langues minoritaires les plus soutenues par la Charte européenne, adoptée en 1992 par le Conseil de l’Europe. Concrètement, cela implique des engagements concrets des autorités : éducation bilingue, utilisation dans les administrations, médias et la vie culturelle. Pour une langue qui comptait moins de 500 locuteurs fluents dans les années 1980 et qui en rassemble aujourd’hui plusieurs milliers grâce à un mouvement de renaissance, c’est un triomphe.

Les réactions n’ont pas tardé. Le parti nationaliste cornique Mebyon Kernow a qualifié cette nouvelle de « vraiment positive ». De même, des médias comme Cornwall Live et Nation.Cymru y voient un « coup de pouce gouvernemental » essentiel pour préserver le Kernewek. Cette protection s’inscrit dans une dynamique plus large au Royaume-Uni, où les langues celtiques bénéficient d’un cadre légal favorable depuis des décennies, contrastant avec l’approche centralisatrice de l’Hexagone.

À quelques encablures de la Cornouaille britannique, en Bretagne, la situation est bien plus précaire. Le breton, qui partage des racines celtiques profondes avec le cornique – les deux langues étant issues du brittonique ancien –, est classé « sévèrement en danger » par l’Atlas de l’UNESCO, avec seulement 107 000 locuteurs en 2024, contre plus d’un million en 1950. Malgré des avancées timides la France n’a toujours pas ratifié la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Cette non-ratification, réclamée depuis des décennies par les associations bretonnes et les linguistes, prive le breton d’un statut officiel et d’une protection structurée. Contrairement au cornique, qui pourra désormais exiger des mesures étatiques pour sa transmission, le breton reste relégué à des initiatives locales ou associatives, souvent sous-financées. Le Conseil de l’Europe, dans ses efforts pour promouvoir la Charte en France, insiste sur le fait que ce texte vise à protéger les langues historiques d’Europe sans menacer l’unité nationale – un argument que Paris balaie d’un revers de main, invoquant une vision jacobine de la République une et indivisible. Résultat : tandis que le cornique progresse, le breton risque l’extinction progressive, avec une transmission intergénérationnelle en chute libre.

Cette disparité n’est pas anodine. Elle illustre les fractures au sein de l’Union européenne en matière de politiques linguistiques : d’un côté, un Royaume-Uni post-Brexit qui honore ses engagements internationaux pour valoriser sa diversité ; de l’autre, une France qui persiste dans sa politique d’éradication. Une nouvelle fois, l’État français démontre qu’il est un système autoritaire, fondé sur une idéologie destructrice avec laquelle Paris n’entend pas rompre. 

Budig Gourmaelon

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By La rédaction

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