EMSAV – Né le 20 décembre 1899 à Hañveg, dans l’actuel Finistère, Hervé Le Menn, ou Herve ar Menn en breton, grandit au cœur d’une Bretagne paysanne et authentique. Il s’imprègne dès l’enfance de la langue bretonne, des chants ancestraux et des traditions orales qui défient la francisation imposée par l’État français. Bretonnant natif, il rejette instinctivement la langue française, outil de domination étrangère qui punit les enfants pour avoir osé parler leur langue maternelle à l’école. Cette jeunesse marquée par l’exil économique forcé – comme tant de Bretons chassés vers Paris par la misère – ne fait que renforcer son attachement viscéral à Breizh.
La renaissance de la musique bretonne
Exilé à Paris comme chauffeur de bus, Hervé transforme la capitale en foyer de renaissance culturelle. En 1928, il rapporte d’Écosse une cornemuse. Visionnaire, il cofonde en 1932 la Kenvreuriezh ar Viniaouerien (KAV), première confrérie des sonneurs de biniou, révolutionnant la musique bretonne en y intégrant les pipe bands écossais. Elle accueillera les pionniers Dorig Le Voyer et Polig Montjarret. Il fabrique des binious, collecte des airs populaires, enseigne aux jeunes et anime les bals des émigrés avec danses traditionnelles comme les rondes et an-dro. Hervé élève la musique au rang d’arme de libération : la cornemuse n’est pas un loisir, c’est un cri de défiance !
Engagement nationaliste : la liberté avant tout
Son militantisme dépasse la culture pour embrasser la politique. Fréquentant les réunions de Breiz Atao à Paris, Hervé devient un pionnier de l’autonomisme, inspirant des figures comme Yann Fouéré. Marié à Vivianne Masson-Le Hir, il défend farouchement la langue bretonne, collecte le répertoire oral, réédite le Barzhaz Breizh. En 1954, il fonde l’Entente culturelle bretonne (ECB), unissant les forces contre l’hostilité parisienne.
Les Épreuves de la Guerre et la Répression Post-Libération
Durant la Seconde Guerre mondiale, Hervé navigue avec prudence dans un contexte d’occupation, soutenant des revendications culturelles pour avancer vers l’autonomie de la Bretagne nationale. Ami de militants comme Marcel Audic, il rêve d’une Bretagne dotée de pouvoirs réels. Mais après 1944, la répression gaullo-communiste frappe : accusé de collaboration pour son rêve d’indépendance, il est emprisonné avec Vivianne. Cette épreuve symbolise la persécution des patriotes bretons par la France « libre ». Libéré, il ne plie pas et continue le combat avec une détermination accrue.
Transmission et Héritage Éternel
Père de Gwennolé et Erwan Le Menn – le premier devenant linguiste renommé –, Hervé transmet le feu sacré. Il publie en 1974 Istor Hañveg, monographie en breton sur son village natal. Mort le 4 août 1973 à Paris, son legs perdure : depuis 1988, le prix Hervé Le Menn récompense les actions pour la culture bretonne non commerciale. Hervé n’était pas un simple musicien, mais un guerrier culturel, un autonomiste visionnaire. Dans une France qui nous dilue, son exemple appelle à la résistance. Bretagne libre ! Que son esprit inspire nos luttes pour une Armorique souveraine, où le biniou sonne la victoire !
Olier Kerdrel
Illustration : Dorig Le Voyer et Polig Montjarret en 1946
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