Saint Riowen est un saint breton du 9ème siècle, fêté le 14 août. Contrairement à nombre de saints bretons dont l’existence se perd dans les traditions du haut Moyen Âge, Riowen appartient à un cadre historique relativement bien défini : celui de la grande abbaye Saint-Sauveur de Redon, fondée en 832 par Saint Conwoïon. Il appartient ainsi à la génération qui participa à l’essor du monachisme breton au moment où la Bretagne s’affirmait comme puissance politique indépendante face à l’Empire carolingien.
Abbaye Saint-Sauveur de Redon
Riowen aurait été l’un des premiers religieux de Redon. La tradition le présente comme un homme remarquable par sa simplicité, son humilité et la pureté de sa vie. Ses vertus conduisirent à son ordination sacerdotale, mais son statut de prêtre ne l’empêchait nullement de participer aux travaux manuels de la communauté monastique.
Ce détail est important pour comprendre le monde dans lequel vivait Riowen. L’abbaye de Redon n’était pas simplement un lieu consacré à la prière : elle constituait un centre religieux, agricole et intellectuel au cœur de la Bretagne du IXe siècle. Autour de Conwoïon et de ses compagnons se développa une communauté appelée à devenir l’une des institutions majeures du royaume breton.
La tradition a surtout conservé de Riowen un miracle associé à la Vilaine.
Un jour, Riowen travaillait avec d’autres religieux de l’autre côté du fleuve. Une version rapporte qu’ils étaient occupés à faner. Voyant approcher l’heure où il devait célébrer la messe à Redon, Riowen voulut regagner rapidement le monastère. Ne disposant plus d’une embarcation, il aurait alors traversé la Vilaine en marchant sur les eaux.
La tradition populaire de la région a développé le récit. Selon une version recueillie par le marquis de l’Estourbeillon et publiée par le folkloriste Paul Sébillot, Riowen fréquentait les environs d’Avessac, en aval de Redon, afin d’assister les malheureux. Alors qu’il soignait un pauvre, une tempête aurait emporté sa barque. Après avoir prié, le moine se serait avancé sur la Vilaine et aurait rejoint Redon à pied sec.

Ce miracle explique que Riowen soit devenu un saint particulièrement lié aux bateliers et aux populations de la Vilaine. Sébillot rapporte qu’il était invoqué pendant les mauvais temps par les bateliers du Don et de la Vilaine ainsi que par les pêcheurs d’anguilles de Murain.
La mémoire du saint s’est particulièrement conservée à Avessac, aujourd’hui en Loire-Atlantique. Riowen était le patron de l’ancienne frairie de la Haye, où existait une chapelle qui lui était consacrée. La tradition locale a même laissé des traces dans le paysage : un champ était encore connu sous le nom de Domaine de Saint-Riowen, tandis que le village de Rozrion était interprété comme le « tertre de Rion ou Riowen ».
Ces survivances sont particulièrement précieuses. Elles montrent comment le souvenir d’un moine du IXe siècle pouvait demeurer enraciné pendant des siècles dans un territoire, non seulement par la liturgie, mais par les noms de lieux, les chapelles, les métiers et les traditions populaires.
Riowen mourut, selon la tradition hagiographique rapportée par le chanoine Malo-Joseph de Garaby, d’une fièvre dans la seconde moitié du IXe siècle. Sa fête fut fixée au jour de sa mort, le 14 août. Son culte ne resta pas limité au pays de Redon : Garaby rapporte qu’il était particulièrement honoré à l’abbaye de Beauport, près de Paimpol, dans l’ancien diocèse de Saint-Brieuc.
Saint Riowen appartient ainsi à une époque fondamentale de l’histoire bretonne. Le IXe siècle est celui de Conwoïon, Nominoë, Erispoë et Salomon, celui où la Bretagne consolide ses institutions politiques et religieuses et atteint progressivement son apogée territorial. L’abbaye de Redon constitue l’un des grands témoins de cette affirmation.
Riowen n’est ni un roi ni un chef de guerre. Sa place dans cette histoire est celle du moine breton qui construit, prie, travaille et sert sa communauté. À côté des souverains qui bâtissent l’État breton se trouvent les communautés monastiques qui structurent le territoire, transmettent l’écrit, mettent les terres en valeur et donnent à la Bretagne médiévale ses grands centres spirituels.
Son miracle résume admirablement la figure que la tradition a voulu conserver de lui : un prêtre interrompant son travail manuel pour retourner célébrer la messe, et que même les eaux de la Vilaine ne peuvent arrêter.
Plus de mille ans après sa mort, son nom demeure attaché à Redon, à Avessac et au fleuve qu’il aurait miraculeusement traversé. Saint Riowen reste ainsi l’un des témoins de cette Bretagne monastique du IXe siècle qui grandit parallèlement au royaume breton.
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