Emsav : naissance de Jef Le Penven, musicien au service de la renaissance nationale bretonne

Né le 3 novembre 1919 à Pontivy, Jef Le Penven appartient à cette génération d’artistes qui ont fait de la renaissance culturelle bretonne une véritable œuvre nationale. Compositeur, organiste et chef d’orchestre, il participe activement à l’Emsav, contribuant à donner à la Bretagne une expression musicale moderne, enracinée dans sa langue, son histoire et ses traditions.

De son vrai nom Joseph Marcel Marie Le Penven, il manifeste très jeune des dispositions pour la musique. Après une formation classique, notamment auprès du célèbre organiste Marcel Dupré, il développe une ambition particulière : faire accéder le patrimoine musical breton aux formes les plus élaborées de la composition symphonique et chorale. Pour lui, les mélodies populaires de Bretagne ne sont pas de simples curiosités folkloriques, mais les éléments d’une culture nationale vivante.

Au cœur de l’Emsav

En 1940, à seulement vingt ans, Jef Le Penven prend la direction musicale de l’Orchestre de Bretagne à Rennes. Il évolue alors dans les milieux intellectuels et artistiques de l’Emsav, particulièrement actifs durant cette période. Il rejoint notamment Ar Seiz Breur, mouvement artistique auquel appartiennent des personnalités comme René-Yves Creston et Xavier de Langlais, et participe aux activités de l’Institut celtique de Bretagne, fondé en 1941.

Ces organisations entretiennent des relations avec les différents courants de l’Emsav. L’Institut celtique est notamment dirigé par Roparz Hemon, écrivain et linguiste nationaliste, également responsable des émissions bretonnes de Radio Rennes-Bretagne. Le Penven travaille dans cet environnement radiophonique et culturel, où se croisent artistes, linguistes et militants de l’Emsav.

Ses activités le placent également dans des réseaux proches de Yann Fouéré, animateur du mouvement autonomiste et de l’association Brezoneg er Skol, qui réclame l’enseignement du breton. En 1942 et 1943, Le Penven dirige notamment l’orchestre accompagnant la Chanterie rennaise, dont certaines représentations sont organisées au bénéfice de cette association.

Bâtir une musique nationale bretonne

Jef Le Penven participe en 1943 à la fondation de Bodadeg ar Sonerion, aux côtés du mouvement animé par les nationalistes Polig Monjarret et Dorig Le Voyer. Cette organisation entend sauvegarder et renouveler la tradition des sonneurs de bombarde et de biniou, alors menacée par les transformations de la société bretonne. Le Penven apporte à cette entreprise ses compétences de compositeur et d’harmonisateur, participant à la transmission d’un patrimoine musical qui deviendra l’un des symboles de la renaissance culturelle bretonne.

Son œuvre la plus célèbre demeure la mise en musique de Me zo ganet e kreiz ar mor, poème du patriote et écrivain breton Yann-Bêr Kalloc’h, mort au front en 1917. Ce chant, célébrant la terre natale et l’attachement à la Bretagne, sera repris par plusieurs générations d’interprètes, notamment Alan Stivell et Gilles Servat.

Mais Le Penven entend aussi démontrer que la Bretagne peut produire une grande musique savante. Sa Symphonie du Morbiha*, Les Celtes et sa Cantate du bout du monde, composée avec Pierre-Jakez Hélias et créée en 1957, témoignent de cette ambition. Son travail s’inscrit dans la même volonté de renaissance culturelle que celle des écrivains, artistes et militants bretons qui cherchent à faire reconnaître la Bretagne comme une nation possédant sa propre expression artistique.

Un héritage national

Jef Le Penven meurt à Douarnenez le 30 avril 1967, à seulement quarante-sept ans. Il laisse une œuvre considérable, associant musique populaire, création chorale et composition symphonique.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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