Job an Irien est disparu le 2 février, à l’âge de 88 ans. Job était né le 15 octobre 1937 à Bodiliz. Sa vie, un véritable écho de la Bretagne, a été marquée par un engagement sans faille pour le maintien et le développement de la langue bretonne, une mission spirituelle et culturelle qui a façonné son existence.
Job an Irien a grandi dans une époque où la Bretagne commençait à réaffirmer son identité culturelle après des décennies de marginalisation linguistique par l’État français. Son enfance, bercée par les chants et les contes en breton de sa famille, a forgé en lui un amour profond pour notre langue et nos traditions. Tout d’abord scolarisé à l’école laïque de Bodiliz puis à l’internat de Lanniliz, il poursuivit ses études au collège à Kastellin (Châteaulin) avant d’entrer au séminaire de Kemper (Quimper). Dès le début, l’enseignement obligatoire du français et la répression de la langue bretonne le choquèrent, forgeant une volonté de refuser l’injustice et de défendre sa langue maternelle.
Il poursuivit son éducation au séminaire de Pont-Croix, où il découvrit l’histoire de Bretagne grâce à une riche bibliothèque. « Pourquoi seulement apprendre l’histoire de France sans donner la place qui lui revient à l’histoire réelle de notre pays? » s’interroge le jeune homme. D’autres séminaristes partagent alors ses sentiments. C’est à ce moment-là que Job an Irien découvre le Bleun Brug, fondé par l’Abbé Yann Vari Perrot en 1905, qu’il rejoignit bientôt. Il commença à écrire des chants pour enfants en breton aux côtés de Mikael Skouarneg.

Dès les débuts de son sacerdoce, Job a été un pionnier. En tant qu’aumônier du Bleun-Brug, il a participé à la rédaction de nombreux cahiers, a écrit des chansons et des cantiques qui ont enrichi la liturgie bretonne. Son travail a été essentiel dans la préservation et la promotion de la langue bretonne à une époque où celle-ci connaissait un déclin rapide.
En 1984, Job an Irien a réalisé l’un de ses rêves en fondant le centre spirituel de Minihi Levenez à Guimiliau. Ce lieu est devenu un sanctuaire pour la langue bretonne, un espace où les fidèles pouvaient vivre leur foi dans leur langue maternelle. Minihi Levenez a été un lieu de pèlerinage, de culture et de formation pour tous ceux qui souhaitaient approfondir leur connaissance du breton et de la spiritualité bretonne. Grâce à ses efforts, des semaines de stage, des ateliers de musique et de chant en breton y ont vu le jour, permettant à la langue de résonner avec force et espoir.

La contribution de Job an Irien à la culture bretonne ne s’est pas arrêtée là. Il a été un ardent défenseur de l’usage du breton dans la liturgie, traduisant des textes sacrés, dont le Nouveau Testament en breton, un travail titanesque qui a donné aux Bretons l’accès aux Écritures dans leur langue.
Ses cantiques, souvent composés sur des mélodies traditionnelles, ont enrichi le répertoire des églises du Léon, donnant une nouvelle vie à la musique religieuse bretonne.
Job a également collaboré avec des figures emblématiques de la culture bretonne comme René Abjean, avec qui il a créé la cantate « Ar Marc’h Dall« . Cette œuvre, une narration poétique et musicale, explore l’identité bretonne à travers l’histoire de Job lui-même et de son engagement pour sa terre.
En 1997, il a publié un missel en breton, un travail monumental sous l’égide de l’évêché de Quimper et Léon, qui a fait de lui un pionnier dans la transformation de la pratique religieuse en Bretagne. Ce missel n’était pas seulement un livre de prières mais un symbole de la résilience et de la vitalité de la langue bretonne.
Job an Irien a été un authentique résistant, humble, patient, dévoué à son peuple et sa langue, ne se laissant jamais décourager et puisant dans sa foi la force nécessaire à la poursuite de son oeuvre. Homme de foi et de lettres, poète, compositeur, traducteur, mais avant tout, un prêtre breton qui voyait dans la langue bretonne un moyen de vivre sa foi de manière authentique et profonde, comme depuis l’origine, il a été un gardien de l’âme de la Bretagne, un éducateur qui a transmis son savoir et son amour pour la langue à des générations de Bretons. Ces graines semées porteront leurs fruits.
Yann ar Gall
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