« Sur le Coran ! » : la France devient la colonie de ses colonies (Éditorial)

Dans une société française en pleine mutation, le politologue Jérôme Fourquet, connu pour ses analyses percutantes sur les fractures culturelles et sociales, met en lumière un phénomène troublant : « Dans le 16e arrondissement, on voit des jeunes s’appeler « frère » ou qui disent « sur le Coran ! » » Cette observation, tirée de son dernier Transmission, illustre une réalité où l’assimilation ne fonctionne plus dans le sens traditionnel.

Loin de voir les populations immigrées adopter les codes culturels français, c’est l’Hexagone lui-même qui se trouve influencé, au coeur de sa capitale, voire transformé, par les apports exogènes, principalement afro-musulmans. Ce constat soulève des questions fondamentales sur l’État français, dont le modèle impérial, forgé depuis la Révolution, a cherché à imposer une culture unique en détruisant les cultures ethniques autochtones comme celle des Bretons, des Corses, des Basques, des Alsaciens, entre autres.

Une assimilation inversée : le symptôme d’un modèle en crise

Historiquement, l’État français a bâti son identité sur une logique d’assimilation unilatérale. Depuis 1789, la Révolution a imposé un centralisme jacobin qui a méthodiquement érodé les identités des peuples qu’il administrait – langues, traditions, solidarités – au profit d’une « nation une et indivisible » artificielle. Les Bretons, comme les Basques ou les Occitans, ont vu leur culture activement écrasée, marginalisée et reléguée au rang de folklore, la langue bretonne interdite dans les écoles et leur histoire ensevelie sous un récit pseudo national unificateur. Ce modèle impérial s’est ensuite étendu aux populations coloniales puis immigrées, avec l’idée que tous deviendraient « Français » par l’adoption des valeurs républicaines et de la langue de Molière.

Mais aujourd’hui, ce mécanisme a disparu. Comme le note Fourquet, l’émergence d’un « sabir » d’importation étrangère – mélange de vocables issus des banlieues, influencés par l’arabe, le verlan ou des références religieuses islamiques – gagne même les quartiers huppés comme le 16e arrondissement de Paris. Ce n’est plus l’immigré qui s’adapte à la France, mais l’Hexagone qui s’hybride sous l’effet d’une immigration massive et d’une mondialisation culturelle. Les jeunes, qu’ils soient issus de l’immigration ou non, adoptent ces codes, signe d’une inversion où la culture dominante absorbe des traits qu’elle était censée effacer. Cette dynamique révèle l’épuisement d’un modèle qui, après avoir détruit les identités autochtones, semble incapable de s’imposer aux nouvelles vagues migratoires.

Les implications pour l’État français

Cette inversion du système met en péril la république française, ce qui ne nous arrachera pas, à nous Bretons, la moindre larme. L’État-nation hexagonal, qui asseyait son autorité sur sa capacité à abolir par la coercition les différences ethno-culturelles dans un moule unique, voit sa légitimité symbolique s’effriter. Si les codes culturels et linguistiques de l’immigration extra-européenne s’imposent dans l’espace public, c’est que le mythe unificateur hérité du 19e siècle, déjà fragilisé par la sécularisation et la mondialisation des échanges, ne parvient plus à fédérer autour du centre historique qu’est Paris. L’ironie est cruelle : après avoir écrasé les cultures ethniques bretonne, corse ou alsacienne pour imposer une uniformité française, l’État se retrouve face à une hétérogénéité qu’il ne contrôle plus et qu’il a créée lui-même. Le « sabir » dont parle Fourquet n’est pas qu’un phénomène linguistique ; il est le symptôme d’une France devenue un « archipel », selon l’expression célèbre du politologue, où coexistent des îlots culturels sans véritable liant. C’est une inversion radical du processus historique initié par l’État français au lendemain de l’annexion de la Bretagne, au début du 16e siècle.

Pour l’État français, les implications sont doubles. D’une part, il doit repenser son approche de l’intégration des masses allogènes en passe de devenir majoritaires. Faute de majorité claire, il n’y a plus pour elles de « moule » dans lequel se fondre. D’autre part, de ce même fait, il fait face à une montée des revendications identitaires, non seulement des populations immigrées, mais aussi des autochtones qui réalisent, en se faisant marginaliser sur leurs terres historiques, être les perdants du processus d’immigration de masse. Si l’universalisme républicain vacille, pourquoi les cultures historiques, activement réprimées, ne profiteraient-elles pas de ce désarroi pour renaître ?

La renaissance bretonne : une réponse à l’effacement

Pour les Bretons, ce moment de bascule est une opportunité historique. La culture bretonne, riche de sa langue celtique unifiée, de ses chants et de ses danses modernes, de son lien profond à la terre ancestrale, survit malgré des siècles de répression. Aujourd’hui, face à une France qui se dilue sous des influences extérieures qui la submergeront demain, les Bretons ont les cartes en main pour inverser le processus d’effacement et faire de leur identité un étendard de résistance et de renouveau à travers un État.

Le brezhoneg, bien que parlé par une minorité militante, reste un pilier de l’identité bretonne. Son enseignement doit être constamment renforcé, non pas comme un vestige folklorique, mais comme une langue vivante, portée par les jeunes générations. Les écoles Diwan, qui proposent une immersion linguistique, doivent être soutenues et multipliées, tandis que des initiatives numériques – applications, médias en ligne – peuvent le rendre accessible au plus grand nombre.

Les fest-noz, les bagadoù, la musique bretonne, la littérature ne sont pas de simples reliques ; ils incarnent une vision du monde de notre peuple, enracinée. Les Bretons doivent les faire vivre dans des cadres modernes, en les intégrant à la vie quotidienne et en les exportant comme un modèle culturel alternatif à l’uniformisation dictée par le système capitalisme internationalisé.

Si les populations immigrées imposent leurs codes, c’est aussi par la force de leurs solidarités communautaires. Les Bretons peuvent s’en inspirer (relativement) par leurs réseaux – associations, coopératives, cercles culturels – qui redonnent du souffle à leur identité collective, loin des logiques individualistes actuelles.

La renaissance bretonne passe par une affirmation face à l’État centralisateur français. Il est nécessaire de s’engager dans le mouvement nationaliste pour exiger une autonomie accrue, notamment en matière culturelle et éducative, et protéger et promouvoir ce qui fait la singularité de la Bretagne.

L’assimilation inversée décrite par Jérôme Fourquet marque la fin d’un cycle pour l’État français, voire sa fin tout court, dont le modèle, hérité de la Révolution, s’effondre sous le poids de ses contradictions. Pour les Bretons, c’est une chance de sortir de l’ombre d’un universalisme qui les a niés, combattus, déracinés, effacés. Face au « sabir » d’importation, la Bretagne a une voix à faire entendre : celle d’un peuple qui refuse de disparaître.

Budig Gourmaelon

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By La rédaction

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