200 000 Bretons tués en 1914-1918 : la carte accablante des Bretons tués en première ligne par l’État français

Cent huit ans après l’Armistice, une carte émerge des archives et des études démographiques qui illustre spectaculairement la mort de 200 000 Bretons entre 1914 et 1920. Un bilan qui dépasse de 25 % la moyenne française, selon une synthèse croisée des données du Service historique de la Défense (SHD), de l’Institut national d’études démographiques (INED) et du recensement de 1911.

Une démographie de guerre : la Bretagne, terre de soldats

En 1911, la Bretagne historique – Finistère, Côtes-d’Armor, Ille-et-Vilaine, Morbihan, Loire-Atlantique – compte 3 170 000 habitants, dont 670 000 hommes âgés de 20 à 48 ans. L’âge médian est de 28,7 ans, contre 32,3 ans pour la France. Une population jeune, rurale, peu industrialisée. Quand la mobilisation générale est décrétée le 1er août 1914, 592 916 Bretons natifs – 88,5 % des hommes en âge – partent au front. C’est trois points au-dessus de la moyenne française, qui s’établit à 85,8 %. À cela s’ajoutent 60 000 à 80 000 fils de Bretons nés hors Bretagne, mobilisés sous d’autres régiments mais issus de la même terre. Au total, près de 660 000 Bretons portent l’uniforme français durant le conflit.

Les morts de 1914-1918 : 150 000 noms sur les monuments

Les archives du SHD et la base Mémoire des Hommes recensent 150 000 Bretons natifs morts entre 1914 et le 11 novembre 1918. Quatre-vingts pour cent sont tués au combat – Verdun, la Somme, l’Yser, les Dardanelles. Dix mille marins disparaissent en mer, partis de Brest, Lorient ou Saint-Nazaire. Quinze mille autres succombent aux maladies ou sont portés disparus dans les tranchées. Le taux de mortalité atteint 24 % des mobilisés contre 16,6 % pour la France. Un Breton sur quatre mobilisé n’est jamais rentré du front.

Les morts invisibles : 35 000 après l’Armistice

La guerre ne s’arrête pas le 11 novembre 1918. Les études de l’INED, notamment celles de Jean-Noël Rohrbasser en 2014, estiment entre 100 000 et 200 000 décès supplémentaires en France entre 1919 et 1921, dus aux suites de la guerre. En Bretagne, l’absence de soins modernes, le retour au travail agricole épuisant et la grippe espagnole – qui frappe Brest dès octobre 1918 – aggravent le bilan.

Environ 15 000 à 20 000 Bretons natifs meurent des suites de leurs blessures : gangrène, infections, complications d’amputations.

De 5 000 à 8 000 succombent aux effets retardés des gazages – bronchites chroniques, insuffisances respiratoires.

Un millier et demi à deux mille se suicident ou sombrent dans l’alcoolisme, traumatisés par les tranchées. De 8 000 à 10 000 autres sont emportés par des maladies imputables à la guerre, hors grippe espagnole.

Au total, entre 30 000 et 35 000 Bretons supplémentaires meurent après l’Armistice. Un poilu breton sur cinq survivant en 1918 disparaît avant 1921.

La diaspora oubliée : 15 000 fils de Bretons nés ailleurs

Entre 1880 et 1914, 400 000 Bretons quittent leur région. Leurs enfants, nés à Paris ou Caen ne sont pas comptés comme Bretons dans les archives. Pourtant, 60 000 à 80 000 d’entre eux sont mobilisables en 1914. Dix mille à treize mille meurent entre 1914 et 1918, au taux moyen français de 16 %. Deux mille à deux mille cinq cents succombent après l’Armistice. Le total pour la diaspora de deuxième génération s’élève à 12 000 à 15 000 morts.

Le bilan final : 200 000 morts bretons

Avec 150 000 natifs morts entre 1914 et 1918, environ 35 000 des suites post-Armistice et 15 000 tués parmi la diaspora, le total des pertes bretonnes s’élève à 200 000 sur 660 000 hommes mobilisés. C’est un taux de tués de 30% contre 14% en France, soit le double. Un garçon sur trois né en 1895 en Bretagne n’a pas eu 25 ans. Cette hécatombe inédite dans l’histoire de la nation bretonne a laissé des traces indélébiles dans la mémoire de notre peuple.

Ne plus mourir pour la France

Nous, Bretons, devons nous rappeler du coût humain colossal qu’a représenté la Première guerre mondiale pour la Bretagne, précipitée dans le conflit par la France alors qu’aucun de ses intérêts n’était en jeu. Ce massacre n’a été rendu possible que par un lavage de cerveaux massif, mené méthodiquement par le gouvernement français, ses administrations et son armée au terme d’une francisation coercitive à outrance. Rappelons-nous également qu’au lendemain de la guerre, alors que les Bretons ont demandé la reconnaissance de leur langue par l’État français et son enseignement dans les écoles de Bretagne, Paris, pour salaire de ce carnage, a renforcé la répression linguistique.

Nous devons en tirer toutes les conclusions historiques : la plus importante est la nécessité pour la nation bretonne de s’organiser en état, de disposer à travers lui des décisions souveraines qui engage son destin, de récuser avec force toute poursuite de l’intégration de Breizh, notre patrie, dans l’État français. Un état qui veut depuis toujours la disparition du peuple breton pour le fondre dans l’océan de sa masse indifférenciée au prétexte de son arrogante prétention à nous subordonner. 

Budig Gourmaelon

Sources :

  • Service historique de la Défense – Mémoire des Hommes
  • INED – Rohrbasser, Les Bouleversements démographiques (2014)
  • Recensement 1911 (INSEE)
  • Archives départementales

Recevez notre newsletter par e-mail !

By La rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

×