Emsav : 26 décembre 1883, naissance de Dom Alexis Presse, artisan de Feiz e Breizh

EMSAV – Mathurin Presse, plus connu sous son nom religieux de Dom Alexis Presse, naît le 26 décembre 1883 à Plougonwaz-Lanwal (Plouguenast), une petite commune des Côtes-d’Armor en Bretagne. Il est le troisième enfant d’Alexis Presse et de Joséphine Garnier, une famille modeste ancrée dans le terroir breton. Dès son enfance, Mathurin est imprégné de la culture bretonne. Peu de détails subsistent sur sa prime jeunesse, mais il semble avoir reçu une éducation pieuse, influencée par l’environnement ecclésial local. À l’adolescence, Mathurin ressent un appel spirituel. Il fréquente la Maison Saint-Yves, un établissement formant les jeunes à la vie religieuse. Il passe ensuite une année au grand séminaire de Sant-Brieg (Saint-Brieuc), où il affine sa vocation. Ce parcours le prépare à embrasser la vie monastique, marquée par la règle de saint Benoît.

Formation et Entrée en Religion

En février 1903, à l’âge de 19 ans, Mathurin entre au noviciat de l’abbaye cistercienne de Timadeuc, dans le Morbihan. Cette abbaye, fondée au XIXe siècle, appartient à l’Ordre cistercien de la Stricte Observance (trappistes). Il y prononce ses vœux solennels en février 1908, adoptant le nom de Frère Alexis, en hommage à son père. Sa formation initiale est complétée par des études approfondies : en 1910, il est envoyé à Rome, où il obtient un doctorat en droit canonique. Plus tard, il décroche également un doctorat en théologie, témoignant de son érudition. De retour en France, Dom Alexis enseigne comme professeur à l’abbaye de Bonnecombe, dans l’Aveyron. Sa réputation de réformateur émerge déjà : il prône un retour à l’authenticité de la règle bénédictine, critiquant les pratiques « adventices » des trappistes qu’il juge superflues. En 1923, il est nommé supérieur, puis abbé de l’abbaye de Tamié en Savoie. Pendant onze ans, il y développe matériellement et spirituellement le monastère, attirant de nouveaux vocations et modernisant les installations.

La Carrière à Tamié et les Premiers Conflits

À Tamié, Dom Alexis s’illustre par son leadership. Il publie ses premiers ouvrages, comme des contributions à des études sur saint Bernard en 1927 et sur l’institut juridique du « Père Abbé » en 1929. Membre de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon dès 1932, il gagne une reconnaissance académique. Cependant, ses idées réformistes créent des tensions. Il soutient un groupe de jeunes moines désirant fonder un monastère missionnaire indépendant, inspiré de l’observance commune de Cîteaux plutôt que de la stricte observance trappiste. Ces projets heurtent la hiérarchie. En septembre 1936, le chapitre général des cisterciens réformés (trappistes) le dépose de sa charge d’abbé de Tamié, avec interdiction de retour sous peine d’excommunication. Banni de son ordre, Dom Alexis se retrouve isolé, mais déterminé à poursuivre sa vision.

L’Aventure de Boquen : Restauration et Défis

Notre-Dame de Boquen

Le 15 octobre 1936, Dom Alexis quitte Tamié et s’installe seul dans les ruines de l’abbaye Notre-Dame de Boquen, à Plened-Yugon (Plénée-Jugon, dans les actuelles Côtes-d’Armor. Fondée en 1137, cette abbaye cistercienne avait été vendue comme « bien national » en 1791 et tombait en décrépitude. Avec l’aide de sa famille, il acquiert le site en 1934 et entreprend sa restauration en 1936. Vivant dans la précarité, il défriche, bâtit et prie, visant à créer un centre spirituel breton avec des offices en latin et en breton, inspiré de l’abbaye de Landévennec. Boquen devient un phare de la vie monastique authentique. En 1950, la communauté est incorporée à l’Ordre de Cîteaux (observance commune), et Dom Alexis retrouve son titre d’abbé. L’église abbatiale est reconsecrée en 1965 après trente ans de travaux. Il attire des personnalités comme l’écrivain Henri Daniel-Rops, le médecin Alexis Carrel (Prix Nobel), le philosophe Gabriel Marcel et l’aviateur Charles Lindbergh, avec qui il correspond. Ses publications, comme la Chronique de Boquen (1936-1964) et A l’école de saint Benoît (1954), diffusent sa pensée.

Engagement patriotique breton

Dom Alexis – Messe du GORSEDD DIGOR de 1951 (source : bezenperrot.bzh)

Attaché à la culture bretonne, Dom Alexis intègre des éléments celtiques à sa spiritualité. Dès 1938, il est aumônier des druides, bardes et ovates de Bretagne, sous le nom druidique de Manac’h ar gwelec’h. Il participe au Gorsedd Digor en 1951 et organise le retour de reliques de saints bretons à Boquen en 1953. Ses liens avec l’Emsav le mènent à accepter de soutenir l’insurrection nationaliste en 1939 et dissimule des armes et munitions pour les activistes bretons. Il dirige spirituellement la fraction catholique du Bezen Perrot, bénissant des volontaires. Il est proche de l’abbé Perrot, qu’il admire comme martyr pour Dieu et la Bretagne dans des lettres de 1955 et 1959.

Fin de Vie et Legs

En 1964, affaibli par la maladie, Dom Alexis se retire à Sant-Brieg (Saint-Brieuc), remplacé par le père Bernard Besret comme prieur de Boquen. Il décède le 1er novembre 1965, jour de la Toussaint, à l’âge de 81 ans, et est inhumé dans la chapelle sud de l’église de Boquen. Il avait exprimé le souhait de mourir ce jour symbolique. Défricheur et bâtisseur, il inspire des réformes monastiques, comme à Sainte-Marie de Boulaur (1948) et Rieunette. Boquen devient un symbole de renouveau cistercien, influençant la Bretagne spirituelle. Des rues portent son nom à Tintin (Quintin), Rohan et Sant-Brieg (Saint-Brieuc). Un film documentaire, Dom Alexis, le chant des pierres (2014), retrace sa vie. Pourtant, ses engagements nationalistes suscitent débats, témoignant d’une personnalité atypique, entre utopie monastique et dérives idéologiques.Dom Alexis Presse reste « le moine défricheur », un Breton visionnaire qui a redonné vie à des pierres anciennes, marquant l’histoire cistercienne du XXe siècle.

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By La rédaction

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