1er août : fête nationale de la Bretagne !

Le 1er août occupe une place singulière dans la conscience historique et culturelle de la Bretagne. Bien plus qu’une simple date du calendrier, il concentre des strates de sens qui traversent les siècles : une dimension sacrée héritée du monde celtique, un moment fondateur de reconquête politique face à l’occupation étrangère, et le symbole d’une souveraineté retrouvée.

La dimension sacrée du 1er août 

Dans le calendrier celtique, le début du mois d’août correspond à Lugnasad (ou Lughnasadh, Lúnasa en irlandais moderne). Cette grande fête de mi-saison, située à mi-chemin entre le solstice d’été et l’équinoxe d’automne, est dédiée à Lug (Lugus en gaulois), divinité majeure du panthéon celtique. Dieu de la lumière, des arts, du savoir et de la polytechnique (Samildánach, « expert en de nombreux arts »), Lug incarne aussi le pouvoir, le droit et la souveraineté. Lugnasad n’est pas seulement une fête agraire de la première récolte. C’est une assemblée royale. Sous l’autorité des druides, elle réunissait les trois classes de la société celtique : sacerdotale, guerrière et productrice. On y célébrait la prospérité, on redistribuait les richesses, on réglait les contentieux, on célébrait des mariages, on écoutait poètes et musiciens, et l’on observait une trêve militaire. Le roi y était honoré non comme simple chef de guerre, mais comme garant de l’ordre, de l’équité et de la paix avec la terre. La souveraineté y était mise en scène dans sa dimension sacrée : alliance entre le souverain et la déesse de la souveraineté, entre le peuple et le sol nourricier.

Cette dimension se retrouve sur le continent. À Lugdunum (Lyon), le Concilium Galliarum se tenait le 1er août, date choisie par Rome pour le culte impérial mais qui, selon plusieurs historiens, prolongeait une tradition antérieure liée à Lugus. En Irlande et en Écosse, les assemblées de Tailtiu ou d’autres sites perpétuaient le même esprit. Le 1er août n’était donc pas un jour ordinaire : c’était un temps de rassemblement, de renouveau et d’affirmation de l’ordre juste sous l’égide du souverain.

La victoire de Trans-la-Forêt : libération du royaume de Bretagne

Après la mort du roi Alain le Grand (907), le royaume de Bretagne subit les coups des raids vikings. À partir de 913-914, les Normands s’installent durablement, notamment à Nantes. Le pays est dévasté, les élites s’exilent, une partie de la population fuit. Guillaume Longue-Épée, jarl de Normandie, va jusqu’à se proclamer « duc » de Bretagne après avoir écrasé une tentative de révolte en 931. C’est dans ce contexte que revient Alain Barbetorte (Alan II, dit aussi Alan al Louarn, « le Renard »), petit-fils d’Alain le Grand par sa mère et fils de Mathuedoï, comte de Poher. Exilé en Angleterre auprès d’Æthelstan, il débarque près de Dol en 936. Il reprend progressivement le terrain : victoires dans le nord, reprise de Nantes en 937, reconnaissance progressive de son autorité. En 938, il est reconnu Brittonum dux.

Le 1er août 939, à Trans-la-Forêt (Treant-Felger), dans la forêt de Villecartier, se joue l’affrontement décisif. Les derniers contingents vikings sont retranchés au camp du vieux M’na. Alain Barbetorte, allié à Juhel Bérenger, comte de Rennes, et à Hugues Ier du Maine, établit son camp aux Haies, en contrebas. Les forces bretonnes (environ 1 500 à 2 000 hommes, dont une forte cavalerie) attaquent de trois côtés. La défaite viking est totale : les survivants repassent le Couesnon. C’est la fin de l’occupation organisée du sol breton par les Hommes du Nord.

Cette victoire ne met pas fin à tous les raids, mais elle restaure l’unité territoriale de la Bretagne dans des frontières qui resteront stables pendant des siècles et permet le rétablissement d’un pouvoir breton. Alain Barbetorte devient le premier duc de Bretagne. Il fait de Nantes la capitale politique et, selon la tradition, abolit le servage – un geste rare pour l’époque.

Institution de la fête de la fête nationale

Selon le chroniqueur Pierre Le Baud (XVe siècle), qui s’appuie sur des traditions antérieures, les Bretons décrétèrent ce jour solennel « par toutes les générations, parce que de là et après, commença derechef la Bretagne à être habitée par ses natifs et Bretons user des lois de leurs ayeux ». La date coïncide avec Lugnasad, fête de la souveraineté. Plusieurs sources modernes attribuent explicitement à Alain Barbetorte lui-même l’institution du 1er août comme fête nationale du royaume de Bretagne. La victoire de Trans symbolise la libération de toute occupation étrangère et l’affirmation d’une identité politique propre.

Si la tradition de la fête nationale du 1er août semble s’être maintenue sous différentes formes jusqu’à l’annexion de 1532 (et parfois au-delà, de façon sporadique), elle s’estompe ensuite. Au XXe siècle, d’autres dates sont proposées. Au XXIe siècle, le Collectif Alain Barbetorte (ou Collectif Alan Barbetorte) joue un rôle important dans sa réactivation. Dès le milieu des années 2010, il organise des commémorations sur les lieux mêmes de la bataille (forêt de Trans) et à Saint-Aubin-du-Cormier, associant cérémonies, allumage de flammes symboliques, drapeaux historiques et rassemblements. La coïncidence avec Lugnasad est systématiquement soulignée, renforçant la dimension identitaire et sacrée.

Le 1er août, Alain Barbetorte n’a pas seulement chassé les Normands ; il a permis aux Bretons de « user des lois de leurs ayeux ». En instituant le 1er août comme jour solennel, l’Emsav a ancré la mémoire de cette libération dans le calendrier. Aujourd’hui, les Bretons perpétuent cette tradition. Ils rappellent qu’une nation se reconnaît aussi aux dates qu’elle choisit de faire siennes. Le 1er août reste ainsi un jour où la Bretagne peut se souvenir qu’elle a su, à un moment critique de son histoire, reprendre son destin en main.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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