L’Annexion de la Bretagne par la France le 4 août 1532 : une occupation illégale et imposée

Avant les événements de la fin du XVe siècle, la Bretagne était un duché souverain, doté d’une indépendance politique, juridique, économique et diplomatique. Sous le règne de François II (1458–1488), père d’Anne de Bretagne, le duché était une puissance européenne reconnue.

Le Docteur Louis Mélennec souligne plusieurs éléments de cette souveraineté :

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  • Institutions indépendante : Le Parlement général de Bretagne, souvent appelé États de Bretagne, réunissant noblesse, clergé et tiers état, détenait le pouvoir législatif. Contrairement à la France, où le roi concentrait le pouvoir législatif, le duc de Bretagne n’était que le chef exécutif, proposant des lois rédigées par la Chancellerie après consultation. Mélennec décrit ce système comme une forme de « démocratie » précoce, moderne pour l’époque.
  • Puissance économique : Les ports de Nantes, Saint-Malo et Brest faisaient de la Bretagne un carrefour commercial, avec des échanges prospères avec l’Angleterre, l’Espagne, les Pays-Bas et la Ligue hanséatique.
  • Diplomatie internationale : La Bretagne signait des traités souverains, comme le traité de Guérande (1381), qui garantissait son indépendance après la guerre de Succession de Bretagne (1341–1364). Ses ambassadeurs étaient reçus dans les cours européennes, notamment en Angleterre et dans le Saint-Empire.

Mélennec s’appuie sur des archives, telles que les Chartes de Bretagne et les correspondances diplomatiques, pour démontrer que la Bretagne était reconnue comme un État souverain. Cette souveraineté était protégée par le droit international coutumier médiéval, qui interdisait l’annexion d’un État sans cause légitime ou consentement. Mélennec insiste sur le contraste entre le régime breton, libéral, et la monarchie absolue française, qui allait ruiner la Bretagne au fil des siècles, la réduisant à un « province » économique et politique arriérée.

La guerre franco-bretonne (1487–1491) : une invasion par la force

L’annexion de la Bretagne commence avec la guerre franco-bretonne de 1487–1491, orchestrée par Charles VIII et la régente Anne de Beaujeu. La mort de François II en 1488, laissant le duché sous la tutelle de la jeune Anne de Bretagne, âgée de 11 ans, offre à la France une opportunité d’exploiter la faiblesse bretonne.

Les étapes clés de l’invasion :

  • Siège de Fougères (1487) : Les troupes françaises, soutenues par un blocus maritime, assiègent cette ville stratégique. Malgré la résistance des nobles bretons, comme Jean de Rieux, Fougères tombe, affaiblissant les défenses du duché.
  • Bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (28 juillet 1488) : Cette bataille décisive oppose l’armée bretonne, renforcée par des mercenaires anglais, castillans et allemands, à une armée française supérieure en nombre et en armement. La victoire française, facilitée par l’artillerie, entraîne la capture de figures clés, comme Jean de Rieux et le prince d’Orange. Mélennec considère cette défaite comme la destruction de la capacité militaire bretonne, ouvrant la voie à l’occupation des principales villes.
  • Occupation de Rennes et Nantes (1489–1491) : Les Français s’emparent progressivement des centres urbains bretons. Rennes, où Anne de Bretagne est retranchée, est encerclée, plaçant la duchesse dans une position de vulnérabilité extrême.

Mélennec rappelle que cette guerre viole le droit international médiéval, qui exigeait une justa causa pour justifier une agression. La France n’avait aucun droit féodal sur la Bretagne, contrairement à des territoires comme la Normandie. Les chroniques de Pierre Le Baud, citées par Mélennec, témoignent de la perception bretonne de cette guerre comme une agression illégitime.

Le mariage d’Anne de Bretagne : une coercition diplomatique

Le mariage d’Anne de Bretagne avec Charles VIII, célébré le 6 décembre 1491 à Langeais, est souvent présenté dans l’historiographie française comme une union volontaire scellant la réconciliation entre la Bretagne et la France. Mélennec démontre l’imposture que représente cette interprétation, le qualifiant de mariage imposé par la pression militaire et diplomatique.

Après la défaite de Saint-Aubin-du-Cormier et l’occupation de villes bretonnes, Anne, âgée de 14 ans, était dans une position de faiblesse. Mélennec cite des lettres d’Anne exprimant son désespoir face à l’avancée française.

En 1490, Anne avait conclu un mariage par procuration avec Maximilien d’Autriche pour protéger la Bretagne via une alliance avec le Saint-Empire. La France, avec l’appui du pape Innocent VIII, fait annuler ce mariage sous prétexte de non-consommation, une décision que Mélennec qualifie à juste titre de manipulation juridique.

Les États de Bretagne, organe législatif du duché, n’ont pas été consultés pour approuver le mariage. Mélennec cite des témoignages de nobles bretons, consignés dans les registres des États, dénonçant l’union comme une capitulation imposée.

Ce mariage, suivi de celui d’Anne avec Louis XII en 1499 après la mort de Charles VIII, marque une étape clé vers l’annexion de la Bretagne. Le contrat de mariage de 1491, qui promettait en théorie de préserver l’indépendance bretonne, fut rapidement violé par la couronne française.

L’édit d’union de 1532 : une proclamation unilatérale

L’édit d’union de 1532, promulgué sous François Ier, constitue l’acte final de l’annexion. Loin d’être « un traité », ce fut une proclamation unilatérale française, imposée par les armes et et sans légitimité juridique. Les seuls traités définissant les relations entre les deux États sont le traité du Verger (1488) et le contrat de mariage d’Anne avec Louis XII (1499). Ce dernier précise que, si Anne et Louis XII ont des enfants, le duché de Bretagne sera transmis à leur second fils ou, à défaut, à leur fille, pour maintenir une distinction entre la couronne de France et la Bretagne. Si aucun héritier direct n’est issu de ce mariage, le duché doit revenir à un autre membre de la maison de Bretagne.

Après la mort d’Anne de Bretagne en 1514, sa fille Claude, épouse de François Ier, devient duchesse de Bretagne. Influencée par son mari, elle ne défend pas l’indépendance bretonne. À la mort de Claude en 1524, leur fils, le dauphin François, devient duc de Bretagne, mais il est mineur et sous la tutelle de la couronne française.

En août 1532, les États de Bretagne sont convoqués à Vannes pour entériner l’annexion. Cette réunion fut une mise en scène. La ville est occupée par l’armée française, aucun vote n’eut lieu. La promulgation du pseudo « traité », un simple édit royal sans effet en Bretagne puisque celle-ci est un État souverain qui ne reconnaît que ses propres lois, a lieu à Nantes le 13 août.

Conséquences et héritage

L’annexion de la Bretagne par la France en 1532, loin d’être une union volontaire, fut un acte illégal et violent, orchestré par une invasion militaire (1487–1491), un mariage forcé d’Anne de Bretagne (1491), et une proclamation unilatérale sous forme d’édit, force armée à l’appui, en violation du traité franco-breton de 1499 (1532). En droit, la Bretagne demeure une nation occupée par la France.

Pour approfondir, lire le livre de Louis Mélennec : Invasion et annexion.

Olier Kerdrel

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By La rédaction

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